Gendarmerie royale du Canada

Mois de l'histoire des Noirs : À nous de raconter

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  1. Témoignages 2023
  2. Témoignages 2022
  3. Témoignages 2021

Le gouvernement du Canada marque le Mois de l'histoire des Noirs pour souligner la contribution actuelle et passée des Canadiens noirs.

Durant ce mois, certains de nos collègues noirs à travers le pays partageront des histoires personnelles sur ce que c'est que d'être une personne noire à la GRC et au Canada; de leur propre voix.

Écoutez-les nous faire part de leurs points de vue et de leur réflexion.

Même si certaines histoires ci-dessous sont dérangeantes et difficiles à entendre, nous vous encourageons à les écouter jusqu'au bout. Les perspectives des autres nous aident à mieux nous connaître et nous permettent d'intégrer des leçons importantes à notre travail et notre vie quotidienne. Le malaise passager que l'on peut éprouver est largement compensé par une compréhension et une empathie plus profondes. Encourager un dialogue ouvert avec nos employés nous permet à tous de mieux comprendre ces sujets complexes.

Témoignages 2023

Entrevue auprès de Shelley Peters, première femme noire membre régulière à la GRC

Après avoir réussi sa formation à l'école de la GRC (la Division Dépôt), Shelley Peters a commencé à travailler au Détachement de Happy-Valley-Goose-Bay à Terre-Neuve-et-Labrador en 1982 et est devenue du même coup la première femme noire à devenir membre régulière à la GRC. En 1986, Shelley Peters est partie travailler pour les Forces canadiennes, où elle a assumé les fonctions de directrice des droits de la personne et de la diversité et vice-présidente du Comité sur les femmes de l'OTAN. En 2008, elle a pris sa retraite alors qu'elle occupait le grade de lieutenant-colonel. À l'occasion du Mois de l'histoire des Noirs, Shelley Peters nous a raconté de quelle façon son passage à la GRC a influé sur son parcours professionnel.

Qu'est-ce qui vous a amenée à travailler à la GRC?
Quand j'étais à l'école, la GRC était toujours un symbole du Canada et la tunique rouge était connue dans le monde entier. J'ai longtemps voulu faire carrière dans le domaine de l'application de la loi, et la GRC était un service de police emblématique.
Comment avez-vous vécu votre formation à l'École de la GRC, la Division Dépôt?
C'était difficile, ça c'est certain. C'était très exigeant physiquement et très difficile mentalement, mais ça nous a permis de saisir l'essence du travail d'équipe et de la confiance qui doit exister entre partenaires. Au fond, c'est ce qui nous a permis d'aller jusqu'au bout de la formation. Ça a été une période de six mois très exigeante, mais ça nous a bien préparés au travail qui nous attendait.
À l'époque, vous voyiez-vous comme une pionnière, comme vous étiez la première femme noire à la GRC?
Honnêtement, non. Ce n'est que plusieurs années après avoir quitté la GRC que j'ai compris que j'étais l'une des premières femmes noires membres de la GRC. J'imagine que j'aurais dû m'en rendre compte. À l'époque, il n'y avait pas beaucoup de femmes à la GRC, et certainement pas beaucoup de femmes de couleur. Je ne me voyais pas comme une pionnière, j'étais juste une personne comme les autres, qui travaillait fort pour réaliser son rêve.
Y a-t-il des choses que vous avez apprises à la GRC qui vous ont servi pendant toute votre carrière?
À la Division Dépôt, j'ai appris à travailler en équipe et à compter sur mes partenaires. J'ai aussi acquis une confiance en moi-même et un sens des responsabilités qui m'ont permis de bien réagir en situation d'urgence ou dans des situations chaotiques, et j'ai appris l'importance de rester calme quand les autres ne le sont pas. Je crois que ça a jeté des fondations solides pour ma carrière et que ça m'a aidée personnellement aussi.
Qu'aimeriez-vous dire aux personnes qui veulent se joindre à la GRC?
On me pose souvent la question. Je commence habituellement par demander à la personne pourquoi elle veut faire carrière dans la police. C'est une carrière très dure. Les premiers intervenants ont un travail difficile et ils interagissent souvent avec des gens qui vivent des situations très pénibles. Je pose cette question parce que je veux que la personne comprenne sa véritable motivation. Quand on vit une journée éprouvante, il faut pouvoir se rappeler pourquoi on a choisi de faire carrière dans la police au départ.
Olivia, employée de la fonction publique, Direction générale (Ontario)
Au cours de la dernière année, la GRC a beaucoup parlé de lutte contre le racisme. Qu'attendez-vous à ce sujet en 2023?
Il ne faut pas se contenter d'effleurer le sujet, car cela ne changera rien. Le racisme revêt plusieurs formes et nuances. Un cours, une poignée de nouveaux postes, quelques discussions, ce n'est pas suffisant. Il faut aller plus loin et ne pas avoir peur de déranger, de provoquer ces discussions gênantes que tout le monde semble craindre. L'ignorance et la discrimination persistent; par conséquent, le travail n'est pas terminé; il faut poursuivre la lutte. Si l'on n'en fait pas assez, si on se contente d'effleurer la question, ou si l'on choisit de rester silencieux, on se fait complice. Et la complicité tacite est aussi nocive que le racisme, car elle lui permet de perdurer. Nous sommes tous concernés par cette guerre contre le sectarisme et la haine; il nous reste le choix du rôle que nous souhaitons y jouer.
Qu'est-ce qui vous a le plus encouragée ou inspirée dans ce qui a été fait durant la dernière année pour lutter contre le racisme?
Ce qui m'inspire le plus c'est de voir combien de personnes continueront de se battre malgré la peur qu'elles ressentent. Les personnes racisées continuent de mener un combat que leurs ancêtres auraient cru terminé. Elles vivent dans leur traumatisme et font ce qui est juste, malgré leur lassitude. Je suis également fière de ceux qui, sans être racisés, se penchent sur leur malaise et prennent le temps de désapprendre ce que notre société a inculqué à chacun d'entre nous.
Comment la consultation des communautés et des employés noirs peut-elle faire progresser la lutte contre le racisme?
Consulter, c'est pratiquer l'écoute active. C'est écouter sans chercher à répondre ou affirmer qu'on sait mieux que quiconque. Je ne dirai jamais à une victime d'agression sexuelle ce qu'elle doit faire pour s'en remettre puisque je n'ai pas vécu cette expérience. Je ne dirai jamais à une personne à mobilité réduite quels changements nous devons faire pour améliorer sa vie parce que je ne peux pas le savoir. C'est la même chose pour la race. Je ne dirai jamais à une personne sud-asiatique ce qui doit être fait pour lutter contre le racisme qu'elle subit parce que je ne suis pas une Sud-Asiatique. C'est seulement en écoutant les personnes pour qui on veut améliorer les choses qu'on peut réellement apporter des changements. Ne pas le faire, c'est ne pas vouloir que les choses changent.
Jean-Marc, policier au Québec
Que pouvez-vous nous dire sur la santé mentale des personnes noires? En quoi l'antiracisme peut-il favoriser la santé mentale?

Dans les communautés noires, on ne parle pas des problèmes de santé mentale; c'est un tabou, un sujet qu'on met sous le tapis. On ne nous encourage pas à en parler; ce n'est pas bien vu dans nos communautés. Heureusement, les choses commencent à changer lentement; les gens se rendent compte qu'ils n'ont pas à avoir peur de demander de l'aide. Lorsqu'ils le font, ils se sentent moins seuls, moins isolés et plus forts. Notre voix compte et nous ne devrions pas souffrir seuls en silence. Il n'y a pas de honte à demander de l'aide.

L'antiracisme nous fait prendre conscience de ce que des collègues, amis ou membres de notre famille pourraient vivre au quotidien dans le silence. C'est un bon point de départ pour discuter ouvertement de ce sujet extrêmement délicat, mais qui doit être abordé.

Jennifer, policière en Colombie-Britannique
Qu'est-ce que le Mois de l'histoire des Noirs signifie pour vous?
Ça me rappelle qui je suis et d'où je viens; que je dois créer un monde meilleur pour mes enfants et les générations d'après. Ma famille est originaire d'Afrique de l'Ouest. Dans les années 1700 et 1800, mes ancêtres ont été transportés en Virginie (États-Unis), puis sont arrivés dans le sud de l'Ontario dans les années 1800. Sachant que le sud de l'Ontario était un refuge pour les Noirs qui fuyaient les États du sud de l'Amérique, je me doute des difficultés et de la souffrance qu'ils ont endurées durant leurs périples. S'ils se sont rendus jusque dans le sud de l'Ontario, c'était dans le but d'avoir un avenir meilleur au Canada pour eux-mêmes et leur famille. Le Mois de l'histoire des Noirs me rappelle que je dois poursuivre l'objectif que s'étaient fixé mes ancêtres.
Pourquoi devrions-nous célébrer l'histoire des Noirs tous les jours?
Nous devrions célébrer chaque jour l'histoire des Noirs pour nous rappeler les difficultés qu'ont affrontées nos ancêtres et les nombreuses réalisations qu'ils ont accomplies et qui ont enrichi considérablement le patrimoine canadien.
Comment la consultation des communautés et des employés noirs peut-elle faire progresser la lutte contre le racisme?
C'est un moyen de communication pour lutter contre le racisme et la discrimination. Un dialogue dans lequel on écoute plus qu'on ne parle. Pour faire avancer la lutte contre le racisme, il faut saisir toute la profondeur de la problématique. Le racisme n'est pas toujours flagrant; il peut être si subtil qu'il en devient invisible aux yeux de ceux qui n'en sont pas l'objet. La consultation des communautés et des employés noirs permettra à ceux qui ont été ou sont victimes de racisme d'être entendus et de faire prendre conscience aux autres qu'il existe.
Qu'est-ce qui vous a le plus encouragée ou inspirée au cours de l'année écoulée?
Ce ne sont pas toujours les événements ou activités ponctuels qui marquent le plus sur le plan personnel. Ce sont souvent les choses qui nous touchent plus personnellement dans nos vies qui nous inspirent et nous donnent de l'espoir. C'est le cas pour moi, puisqu'au cours de la dernière année, mon fils de 17 ans m'a inspirée. Ce jeune homme – qui est encore un enfant dans un corps d'homme – tente de se faire une place dans le monde; il me parle du racisme auquel il est confronté à l'école et dans la société, puis balaie cela pour parler de choses plus positives. Il travaille à temps partiel, fait du bénévolat dans un foyer pour personnes âgées et excelle en 12e année. Tout le monde ne le voit pas comme moi, comme la personne merveilleuse qu'il est. Certaines personnes dans ce monde considèrent mon enfant noir d'un mètre quatre-vingt comme une menace et ont une attitude raciste et désagréable à son égard. Pourtant, il ne laisse pas cette dure réalité le freiner. Il utilise sa force émotionnelle et sa détermination pour dépasser les nombreux obstacles qui se dressent devant lui en raison de la couleur de sa peau. Il le fait avec son tempérament jovial et son beau sourire. En décembre dernier, il a été admis dans l'un des programmes de soins infirmiers les plus exigeants, dans une université britanno-colombienne. Je suis tellement fière de lui! Le fait qu'il ait été accepté dans ce programme, dans cette université, me prouve que notre monde est en train de changer, parce que quelqu'un dans ce monde ne s'est pas arrêté à la couleur de sa peau. Mon fils, qui n'a qu'une fraction de mon âge, me montre que ça peut changer, me donne de l'espoir et m'inspire.
Jayson, policier au Nouveau-Brunswick
Qu'est-ce que le Mois de l'histoire des Noirs signifie pour vous?

En tant que personne noire qui a grandi et fréquenté l'école primaire et secondaire dans les années 1970 et 1980, à une époque où les Noirs étaient absents des manuels scolaires, le Mois de l'histoire des Noirs revêt une grande importance à mes yeux.

On nous a enseigné l'histoire de l'Empire britannique du point de vue colonialiste, en parlant des Canadiens noirs loyalistes, mais on ne nous a rien dit sur l'esclavage, les mauvais traitements et l'oppression systémique au Canada. Les récits sur les accomplissements des Canadiens noirs autres que dans le sport ou le divertissement étaient rares.

Ce n'est qu'en 2002 que j'ai appris la date à laquelle la première personne noire a été autorisée à devenir policier à la GRC et cette histoire a été écrite par un autre policier noir de la GRC. La société est en train d'évoluer pour que les personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC) soient mieux représentées dans la culture populaire, la politique, les sciences, l'entrepreneuriat, les services communautaires, et – donc – la police.

Le Mois de l'histoire des Noirs nous offre l'occasion de montrer à nos concitoyens que nous faisons partie intégrante de l'histoire du Canada depuis avant même la Confédération.

Témoignages 2022

Gavin, policier en Nouvelle-Écosse
Si vous repensez à ce qui a été fait l'an dernier pour lutter contre le racisme, qu'est-ce qui vous a le plus encouragé ou inspiré?

L'adoption par la GRC d'un plan d'équité en matière d'emploi, pour la première fois au cours de mes 17 années de service, a suscité une vague de réflexions et d'émotions pour moi et plusieurs de mes pairs.

J'ai personnellement constaté à plusieurs reprises à quel point certaines personnes ignorent les obstacles que doivent surmonter les groupes en quête d'équité à la GRC. J'ai subi du racisme flagrant, mais j'ai aussi été confronté à des préjugés (conscients ou non) entourant les personnes de couleur. Des collègues m'ont dit qu'aucun obstacle ne nuit aux personnes de couleur, qu'il n'y a pas de comportements racistes dans l'organisation, que le racisme systémique ou institutionnel est un mythe et que les Noirs sont juste des clowns ou des plaignards qui sont mécontents parce qu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent.

J'ai ensuite découvert le cours « L'expérience afro-canadienne », qui a été conçu par un petit groupe d'employés de la GRC en Nouvelle-Écosse afin de faire connaître les histoires des peuples d'ascendance africaine, leur lutte pour la justice et l'égalité de même que les obstacles qui nuisent aux efforts des personnes de couleur en quête d'équité.

En interagissant avec les autres employés qui suivaient le cours, j'ai été encouragé par tout ce que les participants en venaient à découvrir et à comprendre. J'ai vu comment certaines personnes ont saisi l'ampleur des difficultés vécues par les employés de couleur et comment cette prise de conscience a suscité des réactions émotionnelles chez elles. Le travail d'éducation et de sensibilisation porte ses fruits, et ça me donne de l'espoir.

En 2021, la GRC a beaucoup parlé de sa lutte contre le racisme. À quoi vous attendez-vous à ce sujet de la part de la GRC en 2022?

La GRC a effectivement beaucoup parlé de ce sur quoi elle veut se concentrer pour lutter contre le racisme et éliminer les obstacles systémiques qui existent dans l'organisation. Mais la GRC n'a pas fourni d'orientation forte et de mesures fermes qui pourraient être prises pour éliminer les obstacles systémiques et, parfois, les comportements racistes dans l'organisation.

Historiquement, rien ne change à la GRC tant que les dirigeants ne fournissent pas une orientation claire à leurs employés et ne tiennent pas les gens responsables de leurs actes ou de leur inaction. Au fil des ans, on a utilisé un langage fleuri pour présenter divers programmes visant à faire de la GRC un lieu de travail moderne qui respecte la valeur de la diversité. La Stratégie d'équité, de diversité et d'inclusion est le plus récent type de programme qui a été conçu pour apporter les changements culturels qui sont nécessaires pour accorder de la valeur à tous les employés et respecter la législation en vigueur.

Dans le cadre de la lutte contre le racisme à la GRC, j'espère qu'en 2022, nous tirerons des leçons du passé tout en admettant que l'organisation doit assumer ses responsabilités et apporter des changements pour devenir une organisation de police plus intéressante aux yeux des recrues potentielles et de la population. Si la GRC continue d'attendre d'être poursuivie avant de changer, l'organisation ne fera pas long feu selon moi.

Macella, employée civile en Ontario
Que signifie pour vous le Mois de l'histoire des Noirs?
Pour moi, c'est raconter notre histoire, qu'elle soit belle ou sombre, et la célébrer. C'est rendre hommage à nos ancêtres qui ont traversé des épreuves et qui nous ont amenés là où nous en sommes aujourd'hui. C'est aussi me demander si je fais tout ce que je dois faire pour que la vie des futures générations de Noirs soit moins difficile.
Pourquoi devrions-nous célébrer l'histoire des Noirs tous les jours?
Nous devrions célébrer l'histoire des Noirs tous les jours parce qu'il faut continuer d'en parler et que les Noirs ont été insuffisamment représentés dans l'histoire du Canada. Il n'y a pas assez d'un mois pour faire de la sensibilisation et en parler, tellement l'histoire des Noirs est riche.
L'an dernier, la GRC a beaucoup insisté sur la lutte contre le racisme. À quoi vous attendez-vous à ce sujet de la part de la GRC cette année?
J'espère que la GRC va tenir ses promesses. Nous avons eu assez de sondages et de réunions. Nous sommes en 2022. Si nous ne parvenons pas à trouver un moyen de lutter contre le racisme, c'est que notre organisation a un sérieux problème. Je veux que la GRC fasse participer ses employés noirs de manière plus significative. Je veux qu'elle traite le racisme contre les Noirs de la même façon qu'elle mène des enquêtes.
Que signifie la consultation pour vous? Comment la consultation des employés et des communautés noirs peut-elle faire progresser la lutte contre le racisme?
La consultation des employés et des communautés noires permet de faire ressortir les véritables problèmes. Il est arrivé trop souvent qu'un groupe pensant bien faire pour un autre omette de lui demander ce dont il avait besoin et ce qu'il voulait. On ne peut pas prédire les désirs et les besoins des Noirs. Il FAUT les faire participer. Il FAUT avoir des discussions honnêtes avec eux. Il faut être capable d'accepter certaines vérités crues, dures à entendre, mais tous ne sont pas prêts à ça. Ceux qui ne sont pas touchés à l'écoute des blessures et des traumatismes vécus par les Noirs ont tendance à fuir et, au final, rien n'est fait ou réglé.
Veronica, policière en Colombie-Britannique
Qu'est-ce que le Mois de l'histoire des Noirs signifie pour vous?
Durant ce mois, je prends le temps de réfléchir aux récits qui m'ont été racontés au sujet de mes ancêtres et aux expériences qu'ils ont vécues, de même qu'à mon propre cheminement en tant que Canadienne noire. Je suis une Canadienne de troisième génération et je descends d'une lignée de gens des Antilles et de l'Afrique occidentale. Mes ancêtres sont à l'origine de l'expression « Sankofa », qui signifie « faire un retour aux sources pour mieux avancer ». Je m'efforce de mettre ce principe en pratique en tout temps, et surtout durant le Mois de l'histoire des Noirs.
Pourquoi devrions-nous commémorer l'histoire des Noirs tous les jours?
C'est très important que nous soulignions et célébrions le Mois de l'histoire des Noirs au Canada. Par le passé, on ne racontait pas les expériences vécues par nos communautés et on ne soulignait pas les contributions qu'elles apportaient au pays. J'ai bon espoir que le vent tournera compte tenu des changements qui s'opèrent dans nos systèmes scolaires et la société et si l'on maintient des initiatives comme celle du Mois de l'histoire des Noirs.
Que représente la consultation pour vous? Dans quelle mesure la consultation avec les communautés et les employés noirs peut-elle faire avancer la lutte contre le racisme?
La consultation, c'est le fait non seulement d'avoir des discussions franches et ouvertes avec les collectivités touchées, mais également de les écouter. Certains points de vue et certaines expériences sont parfois difficiles à entendre, mais elles doivent être entendues, et la personne qui en fait part doit être traitée avec empathie. On ne peut pas régler tous les problèmes ou être d'accord avec tout, mais ça ne veut pas dire que les préoccupations des membres de notre communauté ne sont pas pertinentes et qu'on devrait les ignorer ou les balayer du revers de la main.
En quoi la lutte menée contre le racisme au cours de la dernière année vous a-t-elle encouragée et inspirée?
Au cours des 12 derniers mois, j'ai visité deux musées de Vancouver où se tenaient des expositions mettant en lumière les contributions que les Canadiens d'origine chinoise et les Canadiens noirs ont apportées à notre pays, et j'ai ressenti beaucoup de fierté. Nous avons encore beaucoup à faire comme société pour corriger les erreurs du passé et résoudre les problèmes actuels, mais nous sommes sur la bonne voie. J'y crois. Sankofa.
Wanda, policière en Ontario
Pourquoi devrions-nous commémorer l'histoire des Noirs tous les jours?
Au cours de mes années de service, j'ai pris conscience de l'importance de célébrer le plus possible la diversité au sein de la GRC. Cela ne veut pas dire qu'on ne l'a pas fait par le passé, mais des événements survenus ces cinq dernières années ont réellement mis en lumière le caractère fondamental de cette démarche. Si le Mois de l'histoire des Noirs amène ne serait-ce qu'une seule personne à lire sur les contributions apportées par les personnes de couleur au Canada et à en saisir la valeur, à présenter des arguments à cet égard, à réfléchir à ces questions, à changer sa vision des choses et à s'ouvrir l'esprit, et bien, je crois qu'on aura atteint notre objectif! Il s'agit d'un moyen de sensibilisation reconnu et d'un outil formidable pour aider les membres et d'autres personnes à mieux comprendre le Canada, la grande diversité de sa population et sa riche histoire. Nous avons accompli tant de choses qui méritent d'être soulignées!
Au cours de la dernière année, la GRC a souligné le fait qu'elle accorde beaucoup d'importance à la lutte contre le racisme. Qu'est-ce que vous attendez de la GRC à l'égard de l'anti-racisme en 2022?

Même si je n'aime pas faire preuve de cynisme, je dirais que la GRC a été fidèle à son habitude dans sa façon de faire la promotion de la lutte contre le racisme au cours de la dernière année : elle s'est contentée de suivre le courant. L'intention est bonne et positive dans l'ensemble, dans la mesure où elle traduit un désir d'amener un changement de mentalité chez les employés de tous les niveaux et les membres de tous les grades pour assurer un avenir meilleur, mais bon nombre d'entre eux se méfient grandement de l'efficacité de la stratégie de la GRC et de sa capacité à faire changer les choses.

Mon souhait pour l'avenir de la GRC est que les stratégies novatrices de lutte contre le racisme qu'elle propose soient réellement acceptées et adoptées. Je crois sincèrement que la GRC souhaite que des changements positifs s'opèrent, et cela doit se faire du haut vers le bas. Même si la tâche est immense en raison de la taille de l'organisation et de la portée de ses rôles et responsabilités, j'estime que nous avons connu un bon départ et que nous avançons dans la bonne direction. Je pense que nos dirigeants se rendent peu à peu compte que les anciennes façons de faire ne sont pas nécessairement les mieux adaptées au contexte actuel et qu'il existe bien d'autres méthodes plus modernes et plus stimulantes de réaliser notre objectif. À la GRC en 2022, regardons vers l'avant tout en reconnaissant les événements du passé et en honorant la mémoire de ceux et celles qui étaient là avant nous. Et veillons à continuer sur cette voie pendant de nombreuses années.

Martin, policier au Québec
Que signifie pour vous le Mois de l'histoire des Noirs?
Pour moi, cela signifie qu'il est important que tous se rappellent le passé, et les sacrifices et les épreuves que de nombreux Noirs ont endurés. Mais plus important encore, c'est l'occasion pour tous de réfléchir à des façons de grandir, de continuer à éliminer les obstacles, de renforcer les liens et de faire en sorte que la diversité soit un symbole de fierté dans nos communautés.
Pourquoi devrions-nous célébrer l'histoire des Noirs tous les jours?
Le fait qu'un mois soit consacré à l'histoire des Noirs n'empêche pas qu'il faille valoriser notre diversité et nos différences culturelles au quotidien. En tant que leaders, nous devons veiller à ce que nos équipes soient toujours conscientes de la richesse et de la valeur des différences culturelles. Dans les équipes d'exception, les modes de pensée diffèrent, et ces différences sont sources de motivation et de dépassement.
L'an dernier, la GRC a beaucoup insisté sur la lutte contre le racisme. À quoi vous attendez-vous à ce sujet de la part de la GRC cette année?
La GRC est une organisation formidable, et doit se rappeler que plusieurs initiatives ont été instaurées pour s'assurer de la diversité culturelle dans ses rangs, toutes catégories d'employés confondues. Notre organisation a réalisé des progrès formidables au fil des ans pour veiller à ce que les divers groupes de la population soit représentés à tous les niveaux, et j'aimerais la voir poursuivre sur cette lancée. Comme policier noir, je suis fier de constater que nos équipes sont de plus en plus nombreuses à s'être diversifiées, ce qui nous aide à nous rapprocher de notre plein potentiel. On doit aussi continuer d'améliorer nos efforts de recrutement. Il faut que des employés noirs aient souvent l'occasion de raconter publiquement leur expérience positive à la GRC et pas seulement eux, mais tous les employés issus de groupes minoritaires. En diffusant régulièrement des messages positifs, on crée un sentiment de fierté et une énergie qui attireront les membres de communautés diverses dans nos rangs.
Si vous repensez à ce qui a été fait l'an dernier pour lutter contre le racisme, qu'est-ce qui vous a le plus encouragé ou inspiré?
La mobilisation de toute la population, le fait que tous sont sortis, se sont unis et se sont exprimés contre le racisme. Le fait aussi de voir des adolescents et des jeunes adultes se mobiliser pour la cause est aussi bien rassurant. Ils témoignent des valeurs que nous avons défendues dans la société.
Que signifie la consultation pour vous? Comment la consultation des employés et des communautés noirs peut-elle faire progresser la lutte contre le racisme?
Pour moi, la consultation offre une vision d'ensemble sur la question. Tout le monde ne voit pas les problèmes sous le même angle et avec la même expérience. Une multiplicité d'expériences permet de nourrir le dialogue. La consultation des employés noirs est essentielle, mais en réalité, il nous faut consulter tous les employés à propos du racisme. La question les concerne tous.
Que signifie pour vous la santé mentale des Noirs? Avez-vous des exemples de la façon dont l'antiracisme peut contribuer à la santé mentale?
Le racisme, peu importe la gravité, nuit à la santé mentale de ceux qui en sont victimes. Les équipes qui sauront lutter contre le racisme et promouvoir la diversité culturelle en ressortiront plus fortes, plus créatives. Leurs membres pourront s'y sentir en sécurité, ce qui contribuera à la santé mentale de tous.

Témoignages 2021

Expériences du racisme anti-Noir

Jean-Marc, membre régulier au Québec

Parlez-nous de votre première expérience du racisme envers les Noirs.
Mon premier souvenir du racisme à l'égard des Noirs remonte à l'âge de dix ans. Je passais la journée avec un ami et sa famille, qui étaient Blancs. Nous sommes allés à une friterie mobile et une adolescente faisant la queue derrière moi s'est plainte que je lui barrais le chemin. Il y avait beaucoup d'espace autour de moi, elle n'avait donc aucune raison de s plaindre. Elle s'en est prise à moi parce que j'étais la seule personne noire du groupe, et m'a traité du mot en N. Je n'avais rien fait de mal, et je ne comprenais pas pourquoi elle me prenait à partie. Les parents de mon ami l'ont réprimandée, puis ils ont tâché de me consoler. Ils m'ont dit que certaines personnes sont simplement méchantes, mais je ne comprenais toujours pas ce qui s'était passé.
Comment se compare ce premier souvenir avec ce que vous observez à la GRC aujourd'hui? La situation a t elle changé?
La fille à la friterie s'est exprimée de façon directe; le racisme à la GRC, par contre, est insidieux. Les gens ne vous singularisent pas en raison de votre race, de votre sexe ou de votre orientation sexuelle; seulement, vous ne jouissez pas des mêmes possibilités de carrière que les autres. Vous vous demandez pourquoi, et quelquefois, vous obtenez des réponses; d'autre fois, vous restez perplexe. À la GRC, le racisme relève davantage du système et de ses mécanismes, que de personnes en particulier. Comme dans toute organisation, évidemment, il y a des personnes racistes à la GRC, mais ce sont la minorité. Simplement, il est plus difficile d'obtenir une promotion si vous appartenez à une minorité visible. Personne n'a jamais de comptes à rendre, et donc personne n'est coupable. Il n'y a jamais personne à blâmer.
Quel effet ces expériences ont-elles eu sur vous en tant que professionnel?
Je suis à la GRC depuis près de 29 ans. En tant que professionnel, je dois m'interroger sur la question de savoir pourquoi certaines possibilités de carrière ne se sont pas présentées à moi. Je suis un policier possédant de bons états de service, mes évaluations ont toujours été positives, mais mon ascension professionnelle a été plus ardue qu'elle aurait dû l'être. En regard de ma longue carrière, je me pose encore la question. Je considère la GRC comme une famille, et comme toute famille, il y a de bons et de mauvais côtés. Une discussion franche sur le racisme systémique dérangera bien des gens. Oui, c'est une question délicate, mais il faut l'aborder sans détour.

Lori, membre régulière en Ontario

Parlez-nous de votre première expérience du racisme envers les Noirs.
Mes premiers souvenirs du racisme à l'égard des Noirs remontent aux expériences vécues par les membres de ma famille. Lorsque des problèmes survenaient, ils discutaient des expériences qu'ils avaient vécues et de la façon de composer avec chaque situation. Leur force, leur courage et leur intégrité ont contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd'hui. Cela n'a pas toujours été facile, mais nous devons nous défendre et nous faire entendre.
Comment se compare ce premier souvenir avec ce que vous observez à la GRC aujourd'hui? La situation a-t-elle changé?

Il y a une grande différence entre ce qu'un enfant voit et ce qu'un adulte vit dans un milieu de travail professionnel. Enfant, j'étais plus portée à dénoncer le racisme avec l'appui de ma famille et de mes amis, mais au travail, il y a des craintes de représailles. En ce qui a trait au racisme à la GRC, j'ai repensé à l'ensemble de ma carrière et je peux dégager des changements positifs et négatifs.

Compte tenu des récents événements qui se sont déroulés en 2020 et du mouvement Black Lives Matter, je pense que le type de racisme qui existe aujourd'hui est davantage manifeste. Les personnes qui échangent des idées sur les médias sociaux parlent très ouvertement de leur point de vue et je dirais que leurs propos sont majoritairement négatifs. En tant que femme noire qui est aussi policière, j'ai entendu des commentaires négatifs des deux côtés. Je fais partie de la communauté noire et je l'appuie pleinement. Je suis également policière et j'appuie mes collègues qui sont professionnels et responsables et qui travaillent avec intégrité.

Les commentaires négatifs sur les plateformes de médias sociaux m'ont blessée et épuisée émotionnellement. Cette situation m'a amenée à créer, avec l'aide de nombreux employés racisés de la GRC, un réseau national d'employés représentant la diversité afin de discuter et de partager des expériences avec des employés racisés de partout au pays, en plus de se soutenir mutuellement. Les membres du réseau travaillent ensemble pour faire ressortir les difficultés, les obstacles et les recommandations à communiquer à la haute direction. En décembre dernier, nous avons eu l'occasion de discuter de ces enjeux avec la commissaire Brenda Lucki, la dirigeante principale des Ressources humaines, Mme Gail Johnson et la directrice exécutive des Politiques, Stratégies et Programmes des ressources humaines, Mme Nadine Huggins. Le réseau a en outre examiné et commenté des initiatives stratégiques comme la nouvelle stratégie d'équité, de diversité et d'inclusion. Permettre aux employés de travailler en réseau pour donner de la rétroaction aux décideurs et aux dirigeants nous aidera assurément à accroître la diversité et l'inclusion.

Le fait que nous discutions enfin ouvertement de racisme, de racisme systémique et de discrimination est résolument positif. Ces discussions sont difficiles et désagréables, mais combien nécessaires. J'ai la chance de faire partie du principal groupe de travail mis sur pied pour élaborer la formation antiracisme à la GRC en appui à notre stratégie d'apprentissage culturel. Nous travaillons en collaboration avec d'autres ministères et experts en la matière.

L'organisation compte de nombreux employés qui ont à cœur cette situation, qui veulent faire ce qui est juste et qui cherchent des moyens d'éliminer le racisme et le racisme systémique. Nous avons besoin de ce soutien pour créer une culture organisationnelle plus inclusive et au sein de laquelle les décideurs constituent la majorité.

Quel effet ces expériences ont-elles eu sur vous en tant que professionnelle?

Ces expériences m'ont rendue plus résiliente et déterminée à créer un effectif plus inclusif et diversifié pour tous les employés, peu importe leur catégorie ou leur niveau.

Le bien-être des employés et le soutien qui leur est offert sont tellement importants, surtout pour ceux qui ont vécu des épisodes de racisme et de discrimination. Le racisme est difficile à prouver, mais on peut le sentir, le ressentir. En tant que collègue, ami ou superviseur, vous devez être à l'écoute et accepter la situation. Ce n'est pas parce que vous ne comprenez pas une situation qu'elle ne s'est pas produite, que le racisme n'existe pas. La responsabilisation à tous les niveaux est essentielle. Élevez-vous contre les comportements inappropriés. Le fait d'avoir des perspectives variées, de relater des expériences et des idées différentes, puis de les adopter, nous aidera à prendre des décisions plus éclairées à tous les niveaux.

Nous sommes au Canada. Continuons de travailler ensemble pour montrer aux Canadiens comment nous respectons nos valeurs fondamentales et comment nous appuyons et embrassons la diversité dans toutes nos fonctions policières. Continuons de faire évoluer nos efforts de modernisation en appuyant les quatre thèmes : nos gens, notre culture, notre intendance et nos services de police. Ensemble, efforçons-nous de bâtir une organisation représentative des Canadiens.

Alliés des Noirs

Dawn, fonctionnaire travaillant en Ontario

Que signifie être un allié dans la lutte contre le racisme envers les Noirs?
À mon avis, cela signifie être quelqu'un qui apporte une aide authentique, positive et orientée vers l'action, qui plaide pour l'équité et l'intégration dans la société. Chacun d'entre nous peut choisir d'être un allié dans la lutte contre le racisme envers les Noirs, un problème qui va à l'encontre de l'essence même de l'humanité.
Pourquoi les alliés sont-ils si importants?
Nous avons tous besoin d'alliés dans la vie que nous menons. Comme le dit le proverbe, « personne n'est une île ». Un autre dicton important, c'est « l'union fait la force ». Une lutte efficace contre le racisme et la discrimination envers les Noirs est impossible sans alliés. Nous devons inclure des alliés d'origines diverses, car chacun d'entre eux apporte des perspectives uniques et précieuses qui pourraient contribuer de manière significative à la cause commune. Le fait de nous unir et de prendre conscience de nos similitudes renforce l'humanité. En outre, les alliés apportent des qualités dynamiques qui nous aident à rassembler nos forces et nous motivent dans toutes les causes et tous les combats auxquels nous sommes confrontés. Ils offrent soutien, compréhension, amour et compassion. Les alliés que j'ai dans ma vie viennent de tous les horizons et possèdent les qualités que j'ai décrites. La lutte contre le racisme et la discrimination envers les Noirs ne sera pas couronnée de succès sans alliés. Je le répète, « personne n'est une île » et « l'union fait la force ». Ce combat nécessite la participation de tous.
Que faut-il pour devenir un allié? Que recherchez-vous?

Pour être un allié, je crois qu'une personne doit être authentique, honnête, souple et ouverte d'esprit, réfléchie, prête à s'éduquer elle-même, compatissante, respectueuse et solidaire. Ce sont des qualités que je recherche chez un allié et que j'essaie de manifester moi-même. En appliquant ces qualités au rôle d'allié des Noirs, je crois qu'il faut ce qui suit pour être un allié :

  • Sincère : Croire en la lutte contre le racisme et la discrimination envers les Noirs, reconnaître ses propres préjugés et partis pris, et chercher à s'éduquer pour mieux se connaître et s'améliorer.

  • Souplesse et ouverture d'esprit : Être prêt à écouter et à avoir des conversations difficiles avec des personnes noires et non noires, remettre en question ses propres cercles intimes, entendre des points de vue différents, ne pas porter de jugement et être respectueux, et examiner le rôle que chacun joue dans l'absence de mouvement contre le racisme et la discrimination envers les Noirs.

  • Soutien positif : Être passionné, être quelqu'un qui marche côte à côte et/ou qui mène la charge avec d'autres alliés noirs en plaidant pour l'équité et l'inclusion.

Kendra, une employée de la fonction publique de l'Ontario

Que signifie d'être une alliée dans la lutte contre le racisme anti-Noir?

Être une alliée dans la lutte contre le racisme anti-Noir, c'est choisir de se lever et de défendre les autres, même si tous les autres restent assis. La seule chose qui soit pire que l'horrible sentiment ressenti lorsqu'une personne dit ou fait quelque chose d'insensible sur le plan racial, c'est de réaliser que ceux qui en ont été témoins ne prendront pas position pour défendre vos droits ni pour vous aider à les défendre. Souvent, lorsque je vis des situations de racisme, j'ai tendance à scruter le visage des gens autour pour voir si certains d'entre eux appuieront mes propos. J'ai appris de mes expériences passées que si personne n'est prêt à m'offrir du soutien, ma réponse se trouve alors minimisée et critiquée comme étant une mauvaise interprétation de la situation ou une réaction excessive. C'est le dénouement le plus néfaste, car il fait en sorte que l'on tolère l'insensibilité raciale tout en encourageant sa propagation.

Beaucoup de personnes bien intentionnées disent « Je ne vois pas la couleur », mais si vous ne voyez pas la couleur, alors vous ne pouvez voir le racisme. Lorsque quelqu'un dit ou fait quelque chose de blessant, il est facile de ne pas s'en préoccuper et de décider que ce n'était pas fondé sur le racisme. La société critique ouvertement les grands actes de racisme, les gens se lèvent et condamnent ces choses, mais quand il s'agit de quelque chose de minime, d'un petit commentaire, il est plus difficile pour les gens de le reconnaître et de s'exprimer s'ils ont choisi de ne pas voir la couleur. Un allié voit la couleur.

Pourquoi les alliés sont-ils si importants?
Les alliés sont importants parce qu'ils établissent les repères d'un comportement acceptable. Dans notre organisation, plusieurs de nos politiques et de nos communications soutiennent que le racisme est mauvais et que nous devons favoriser l'inclusion, la diversité et l'équité. C'est peut-être ce qu'affirment nos politiques, mais si un collègue dit quelque chose d'insensible sur le plan racial et que personne ne le condamne, alors le comportement raciste est tacitement autorisé. Ce n'est pas la politique qui importe, c'est ce qui se passe réellement lorsqu'il y a un manquement à la politique. Si vous gardez le silence lorsque quelqu'un fait du mal à un autre, vous contribuez à établir une culture dans laquelle il est possible qu'on vous fasse aussi du mal. En prenant position quand une personne est malmenée, vous aidez à promouvoir une culture empreinte de justice.
Que faut-il pour devenir un allié? Que recherchez-vous?

Des personnes de toutes les races peuvent être des alliées dans la lutte contre le racisme anti-Noir. Cependant, je m'attends des alliés qu'ils passent à l'action, qu'ils se lèvent et qu'ils disent quelque chose. Un jour, j'ai coiffé mes cheveux en leur laissant leur texture naturelle, puis je suis allé à une réunion et on m'a dit « Ce ne sont pas vos jolis cheveux ». On m'a déjà félicitée d'être si éloquente malgré le fait que je sois Noire. J'ai présenté une idée qui a été balayée du revers de la main, puis j'ai constaté qu'une autre personne avait dit exactement la même chose et avait reçu des éloges. Quand ce genre de choses se produisent, et si personne ne prend position pour dire que c'est mal, on a alors l'impression que tout le monde est complice. Je sais que beaucoup de gens trouvent difficile d'être courageux, cela peut être éprouvant de s'opposer à quelque chose, mais je pense que le courage est l'une des qualités les plus importantes qu'un allié puisse avoir.

Ce qui peut vraiment nous aider à tous être des alliés, c'est de continuer à favoriser la conversation et l'éducation. Lorsque nous formons des cercles sociaux aux races diversifiées, que nous découvrons la richesse de l'histoire des Noirs et que nous explorons les livres et les films qui dénoncent le racisme sous toutes ses formes, nous sommes mieux équipés pour reconnaître l'injustice, pour faire preuve d'empathie et pour savoir à quoi ressemble le fait de se tenir debout, afin de pouvoir être à la hauteur de la situation lorsque nous sommes inévitablement appelés à le faire.

Olivia, fonctionnaire travaillant en Ontario

Que signifie être un allié dans la lutte contre le racisme envers les Noirs?
Être un allié dans la lutte contre le racisme envers les Noirs, c'est être membre d'une race non noire et s'employer activement à améliorer la vie des membres de la communauté noire. Ces actions peuvent être petites ou grandes, mais l'essentiel est qu'il s'agit d'actions plutôt que de belles paroles. Les alliés se chargent de faire ce qu'il faut, et ne se contentent pas d'y penser. Ils prennent l'initiative d'apprendre et d'être meilleurs pour le bien d'autrui, et non pour leur propre bien. Ils se tiennent aux côtés de la communauté noire, peu importe qui regarde, et ils se battent pour notre liberté comme si c'était la leur. Non parce qu'ils y trouvent un avantage personnel, mais parce que c'est la bonne chose à faire. Les alliés reconnaissent notre humanité et respectent notre droit à vivre sans jugement ni oppression.
Pourquoi les alliés sont-ils si importants?

Nous partageons tous ce monde, c'est pourquoi nous devons tous nous battre pour lui. Le véritable changement généralisé ne peut se faire que s'il est recherché collectivement.

Les Noirs, et toutes les personnes racialisées, souffrent d'un traumatisme transgénérationnel. Les répercussions des dommages causés par le racisme sont incommensurables. En soutenant les groupes racialisés, vous participez à la guérison de ce traumatisme. Les groupes racialisés ont besoin de se sentir responsabilisés et soutenus, c'est le moins que nous puissions tous faire étant donné ce qu'ils ont subi.

Les alliés blancs, en particulier, peuvent tirer parti de leurs privilèges au profit de tous les groupes racialisés. Malheureusement, il y a ceux qui accordent plus de valeur à l'opinion des Blancs qu'à celle des non-Blancs. En tant qu'allié, vous pouvez utiliser respectueusement ce privilège pour créer un changement positif.

Que faut-il pour devenir un allié? Que recherchez-vous?
Pour moi, un allié est désintéressé. Un allié ne consacre pas tous ses efforts à défendre ceux qui ne sont pas victimes du racisme. Ils ne dépensent pas toute leur énergie à défendre ceux qui sont plus privilégiés au lieu de ceux qui sont racialisés. Ils ne passent pas leur temps à essayer de me calmer ou de me convaincre que les choses « ne sont pas ce que je pense ». Ils sont en colère avec moi, parce qu'ils savent à quel point il est incroyablement traumatisant d'être traité différemment pour quelque chose que vous ne pouvez pas contrôler. Ils compatissent à ma douleur, mais reconnaissent aussi les limites de leur compréhension. Ils respectent mon droit de ressentir ce que je choisis de ressentir en raison des crimes commis contre des personnes comme moi. Un allié écoute l'expérience vécue avec un cœur et un esprit ouverts, sans se demander comment cela les affecte; ils écoutent tout en se préoccupant uniquement de la manière dont cela affecte les autres. Les alliés dans la lutte contre le racisme sont des personnes sur lesquelles je peux compter pour donner la priorité aux victimes du racisme, compatir à notre souffrance et reconnaître leur rôle dans la concrétisation du changement.
Microagressions

Veronica, membre régulière de la Colombie-Britannique

Que sont les microagressions raciales? Combien de fois diriez-vous que vous vivez ce genre d'expériences?

Le terme microagression raciale fait référence aux « indignités verbales, comportementales ou environnementales, qu'elles soient intentionnelles ou non, qui communiquent des injures et des insultes raciales hostiles, désobligeantes ou négatives envers les personnes de couleur. »

Je vais vous raconter deux histoires personnelles qui montrent comment les microagressions raciales m'ont affectée et ont affecté ma famille. Il ne s'agit pas d'incidents isolés.

Il y a quelques années, la GRC m'a choisie pour la représenter lors d'une formation organisée par une autre agence gouvernementale. Après une longue journée, je rentrais à l'hôtel à pied avec l'une de mes camarades de classe. Comme nous avions déjà passé quelques jours ensemble, je pense qu'elle commençait à se sentir assez à l'aise pour me poser des questions sur mon origine ethnique.

« Alors, qu'est-ce que tu es en fait? » m'a-t-elle demandé. Je lui ai répondu que j'étais canadienne, que ma mère était noire et que mon père était blanc. Elle a ensuite répliqué : « Je l'ignorais, mais je savais bien que tu étais différente. Donc, si tes parents sont de races différentes, qu'est-ce que tu es, toi? »

« Je suis Noire, ai-je répondu. Mais pour être honnête, nous sommes en décembre, donc je suis une femme dans un manteau d'hiver. » J'avais l'habitude de faire des blagues pour désamorcer les situations inconfortables.

Ma camarade de classe m'a alors dit à quel point elle pensait que j'étais « chanceuse », car je pouvais me servir de ma couleur pour propulser ma carrière. Ce n'était pas la première fois que j'entendais ce raisonnement de la part de quelqu'un dont l'origine ethnique était différente de la mienne. Je n'étais pas d'accord, mais j'ai simplement répondu « D'accord ». Au fond de moi, je levais les yeux au ciel, comme je le faisais souvent dans ce genre de circonstances.

Un autre incident a eu lieu il y a quelques années, le jour du Souvenir. J'étais fière de compter ma mère parmi la foule lors du défilé commémoratif de mon détachement. La cérémonie était particulièrement importante pour ma famille, car le père de ma mère avait été l'un des soldats noirs canadiens pendant la Seconde Guerre mondiale. Ma mère était la seule de sa famille à être née après la guerre. Si mon grand-père n'avait pas survécu à son déploiement européen, ni ma mère ni moi n'aurions été présents ce jour-là.

Après la cérémonie, j'ai réussi à trouver ma mère dans la foule et elle m'a raconté quelque chose qui s'était passé juste avant la cérémonie. Une femme âgée avec un accent européen lui avait tapé sur l'épaule. Elle était avec son mari (le couple avait à peu près le même âge que ma mère). Le couple avait essayé « d'éduquer » ma mère sur le sens de la cérémonie. Il lui avait demandé si elle comprenait ce que tout cela signifiait, comme si ma mère l'ignorait complètement. Lorsque maman a expliqué au couple que son père s'était battu pour le Canada en Europe et que sa fille participait en fait au défilé en tunique rouge avec ses pairs, le couple était extrêmement gêné. Ils se sont éloignés dès la fin de la cérémonie.

Pourquoi les microagressions sont-elles si néfastes?

Ces expériences dévoilent quelques éléments qui révèlent pourquoi les microagressions sont néfastes. Le premier concept est celui de l'altérité. Dans les deux cas, ma noirceur, et celle de ma mère, étaient considérées comme étrangers au tissu national du Canada. Ma camarade de classe m'a donné l'impression d'être une curiosité déshumanisée, et mes tentatives pour contrer ses hypothèses en mettant l'accent sur mon caractère canadien ont tout simplement été ignorées. Lors du second incident, les contributions de ma famille au Canada ont été présumées réduites en raison de notre apparence physique, et bien que la réaction de ma mère ait embarrassé ses microagresseurs, elle n'a reçu aucune excuse.

L'altérité peut prendre de nombreuses formes, mais ces deux exemples montrent pourquoi elle est si problématique. L'altérité vous permet d'ignorer ou d'effacer les contributions de quelqu'un d'autre à la société, ce qui les dévalorise et les réduit au silence. La microagression raciale de ma camarade de classe a démontré une contradiction : elle a suggéré que ma noirceur était quelque chose que je pouvais utiliser à mon avantage dans une société qui me dévalorise.

Dans quelle mesure le fait d'être Noir bénéficie-t-il réellement à la carrière de quelqu'un? Des études menées au cours des dernières années ont révélé des écarts choquants entre les expériences des Noirs et des Blancs. Selon Statistique Canada, le taux de chômage de la population noire du Canada est plus élevé que celui des autres groupes raciaux. Ce taux ne change pas même lorsque les Noirs atteignent un niveau d'éducation plus élevé.

Des études récentes indiquent que la COVID-19 a eu une incidence négative disproportionnée sur les travailleurs noirs du Canada. En juillet 2020, les Canadiens noirs étaient près de deux fois plus susceptibles d'être au chômage que les Canadiens non minoritaires, les femmes noires étant particulièrement désavantagées. Parallèlement, un écart salarial a persisté entre les Canadiens noirs et le reste de la population. Environ 21 % de la population noire du Canada est considérée comme ayant un faible revenu, contre 12 % pour le reste de la population.

Des études montrent que les dirigeants noirs sont sous-représentés au niveau exécutif et dans les conseils de gouvernance. Les recherches sur les taux d'incarcération, les scénarios où la police a utilisé la force et les taux de décrochage scolaire et d'expulsion dressent également un sombre tableau de ce que signifie être Noir au Canada.

Les statistiques illustrent une main-d'œuvre qui n'est pas équitable et cette situation est inacceptable. Pas étonnant que de nombreux Noirs se débattent avec l'idée que leur succès est dû à la discrimination positive plutôt qu'à leur propre travail. Récemment, j'ai fait l'effort d'arrêter de dire « d'accord » quand ce genre de situation m'arrive, parce que les microagressions ne sont pas acceptables.

Comment mettre fin aux microagressions?

Je me suis rendu compte qu'il faut les gérer chaque fois qu'elles se produisent. Dans les exemples que j'ai donnés, je pense que ma mère a bien géré les choses. J'avoue que je n'ai pas toujours été à la hauteur de son exemple, mais je m'engage à faire mieux.

J'invite mes compatriotes à aborder cette question avec un esprit ouvert. Nous devons nous pencher sur notre privilège, et je m'inclus dans cette déclaration. Je sais que certaines personnes pensent que les Noirs d'un lieu de travail particulier ne font que remplir un quota. J'ai lu des commentaires en ligne et on me l'a dit en face à plusieurs reprises. J'ai le privilège de fournir un contre-argument, mais c'est parce que j'avais les moyens financiers, le soutien familial et le sens académique nécessaires pour terminer mon doctorat. Tout le monde n'a pas la possibilité de « prouver » sa contribution de la même manière, mais franchement, personne ne devrait avoir à le faire.

Si je pouvais remonter dans le temps, je dirais à ma camarade de classe que la noirceur n'est pas une marchandise à utiliser à son avantage et que l'idée que, sur le marché du travail, un Noir occupe le poste de quelqu'un d'autre est tout simplement fausse.

Les microagressions raciales sont des expériences négatives qui divisent, et notre objectif collectif devrait être d'y mettre fin. Nous devrions nous efforcer d'y parvenir non seulement parce que c'est la bonne attitude à adopter, mais aussi parce que cela fera du Canada un pays plus fort.

Shelly, une employée de la fonction publique en Nouvelle Écosse

Que sont les microagressions? À votre avis, à quelle fréquence en subissez vous?

Je définis une microagression comme une situation ou un commentaire qui sont subtils et généralement négatifs et qui me font sentir comme si, en tant que femme afro-néo-écossaise, je n'avais pas autant de valeur que les autres.

Dernièrement, lors d'une réunion où nous discutions des pratiques d'embauche et de perfectionnement dans notre division, un collègue afro-néo-écossais et moi avons donné plusieurs exemples où des occasions de perfectionnement et des promotions avaient été données à des employés blancs. Il n'y avait aucun doute que mon collègue et moi n'étions pas entendus et que la validité de nos renseignements était remise en question, puisque malgré tous nos exemples précis, il nous a quand même fallu répondre à des questions comme « êtes vous certains? » et à des commentaires comme « je ne crois pas que cela se produise » et « je doute qu'on donne des emplois et des promotions comme ça aux gens ». Après quelques minutes d'échanges, une employée blanche a fini par dire que nous disions la vérité, qu'elle avait elle même bénéficié de ces pratiques. C'est alors que les autres participants à la réunion ont enfin accepté que notre information était bien factuelle. C'est aussi à ce moment-là que mon collègue et moi avons pu voir le privilège et une microagression en action. Après la réunion, je suis allée voir la personne qui avait courageusement confirmé nos dires pour la remercier d'avoir utilisé son privilège pour montrer, à nous tous, à quoi ressemble le privilège. Je subis des microagressions tous les jours de ma vie, et ce que viens de décrire n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

Pourquoi sont-elles si nuisibles?

Les microagressions sapent lentement votre dignité et votre crédibilité et, certains jours, elles rendent la vie difficile. Avec le temps, elles affectent votre façon d'interagir avec les gens; elles changent votre perception du monde. Je n'ai jamais oublié comment je me suis sentie après avoir subi une microagression. Comme l'a dit Maya Angelou, « j'ai appris que les gens oublieront ce que vous avez dit, et les gens oublieront ce que vous avez fait, mais ils n'oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir ».

Comment devrait-on mettre fin aux microagressions?

Je crois que nous devons tous remettre nos préjugés inconscients en question et nous éduquer. Lorsqu'une personne trouve le courage de dire que quelque chose est « offensant », il est important de l'écouter et de la croire. Lorsque nous commettons une erreur et que nous offensons quelqu'un, il faut lui présenter des excuses et être sincère. Il ne sert à rien de s'excuser et de continuer sans changer son comportement.

Derek, membre régulier de l'Ontario

Les microagressions, de quoi s'agit-il? Combien de fois diriez-vous que vous vivez ce genre d'expériences?

Je définis les microagressions comme des actions ou des omissions, verbales ou non verbales, destinées à mettre en évidence les différences entre l'agresseur et une autre personne. Les différences sont généralement ancrées dans des stéréotypes négatifs sur le groupe auquel l'agresseur suppose que l'autre personne appartient. Les microagressions sont sournoises et dissimulées et elles constituent des formes d'intimidation, de racisme, de sexisme, de harcèlement et de discrimination.

En tant que personne noire vivant au Canada, je suis victime de microagressions tous les jours lors d'interactions personnelles et commerciales, par le biais des médias traditionnels et sociaux et dans les émissions de télévision et les films que je regarde pour me divertir. Il s'agit d'une expérience que je dois absorber et normaliser pour pouvoir continuer à fonctionner.

Pourquoi les microagressions sont-elles si néfastes?

Les microagressions sont nocives pour de nombreuses raisons, mais commençons par leur fréquence. Réagir à chaque fois rendrait n'importe qui fou. Elles sont comme le supplice de l'eau : à chaque goutte, à chaque microagression, la douleur devient plus intense et intolérable. Vous devez intérioriser la douleur psychologique, et nous connaissons tous les conséquences d'une telle situation sur la santé mentale.

Dans la culture de la GRC, quand les choses vont si mal que vous devez finalement dire « Ne faites pas ça », vous êtes étiqueté comme quelqu'un de mou, un pleurnichard ou un fauteur de troubles, ce qui ne fait qu'intensifier les séquelles psychologiques. Lorsque la culture de la GRC (qui ne correspond pas à une politique officielle) tolère ou encourage de donner des coups de pied lorsque quelqu'un est à terre, ou prend position par évitement ou omission, la personne blessée se sent seule, confuse et encore plus blessée. Ce point est d'autant plus grave que la GRC prétend être une famille. L'organisation relocalise son personnel, l'éloignant du soutien de sa famille actuelle, le mettant dans une situation où il a besoin que sa famille adoptive, la GRC, intervienne.

Après avoir subi une microagression, il suffit généralement d'une pause de quelques minutes pour remettre son compteur à zéro. Parfois, une nuit suffit, parfois une fin de semaine, parfois nous avons besoin de prendre des petites vacances. Le temps passé loin du supplice est proportionnel au niveau de la blessure que vous avez subie et au degré de plénitude de votre « bien être mental ». Malheureusement, il n'y a pas toujours assez de temps pour réinitialiser votre compteur, de sorte qu'il reste parfois dans la zone rouge, et son fonctionnement n'est plus normal. Parfois, l'atteinte est telle qu'elle nécessite un congé de maladie pour pouvoir récupérer. Le terme « congé de folie » n'est pas une légende urbaine, il est en fait utilisé à la GRC pour décrire une personne dont l'expérience a suscité une blessure psychologique et qui a dû prendre un certain temps pour pouvoir se rétablir. L'esprit de #Bell Cause pour la cause devrait être une mobilisation chaque jour de l'année.

L'acronyme BIPOC fait référence aux personnes qui sont noires, autochtones ou de couleur. Lorsque les membres de cette communauté sont victimes de la dernière goutte d'eau qui fait déborder le vase, ils sont encore plus victimisés parce qu'ils souffrent déjà de blessures psychologiques très profondes. Ces expériences se manifestent généralement par des comportements antisociaux : cris, jurons, non-respect des règles, automédication, ivresse, etc. En tant que policiers, nous voyons souvent le résultat final, décrit maintenant en termes policiers comme « détresse psychologique ». L'échec de nombreux systèmes et filets de sécurité sociale a eu des conséquences mortelles pour les membres de la communauté BIPOC.

Les agents de police sont souvent ciblés comme le premier exemple de racisme systémique, que les agents qui répondent aux appels de détresse psychologique aient adopté ou non un comportement non professionnel. Nous sommes une cible facile, mise dans une position où nous sommes tenus responsables de toutes les défaillances de la société. Peu importe les rayures que nous portons ou de quel côté de la frontière nous nous trouvons. En Amérique du Nord, tous les agents de police sont ternis par le comportement raciste de n'importe quel agent de la police.

La police ne peut pas se permettre d'employer quelqu'un qui a et qui émet surtout des opinions biaisées ou bigotes. Nos communautés perdent patience face à tous ceux qui ne peuvent pas adhérer aux valeurs humaines fondamentales et à celles de la GRC. Une formation axée sur la sensibilité, une formation anti-préjugés et une formation axée sur la sensibilisation culturelle ne peuvent pas remplacer la responsabilité et la justice comme solution. Nous n'engageons pas des personnes qui ne peuvent pas dire la vérité pour la même raison que nous ne devrions pas engager des personnes qui ont des opinions sectaires, parce qu'elles n'adhèrent pas aux valeurs humaines fondamentales et à celles de la GRC.

Les traumatismes psychologiques causent le même préjudice aux Noirs qu'à toute autre personne. Nous souffrons de dépression, d'anxiété, de stress post-traumatique, de dépressions nerveuses et de crises de panique. Nous perdons notre bien-être social : les amis, les collègues et la famille. Nous perdons notre statut professionnel, ce qui peut entraîner une perte de revenus. Ces traumatismes ont des effets négatifs sur nos ménages et peuvent causer des divorces et des violences domestiques. Parfois, ils mènent même au suicide. Une fois que le traumatisme devient multigénérationnel, qu'il a un effet papillon, un petit changement peut avoir des conséquences profondes.

Les blessures psychologiques nuisent à une personne, à la GRC et à la société canadienne. Aucune personne souffrant d'une blessure psychologique ou physique ne peut fonctionner au mieux de ses capacités, et le coût de ces blessures se répercute sur les contribuables sous forme de perte de productivité, de frais médicaux et de récupération, d'enquêtes et de règlements judiciaires.

En tant qu'agents de police, nous nous trouvons souvent dans des situations qui mettent notre vie en danger, nous devons donc être certains que nous pouvons faire confiance à nos collègues pour nous soutenir. En tant que personne noire ou membre d'un groupe marginalisé, les microagressions nous empêchent de croire que notre bouée de sauvetage humaine sera là quand nous en aurons besoin. Ce n'est un secret pour personne que certains policiers ont refusé de fournir des renforts à leurs collègues lors d'appels opérationnels pour des motifs que l'on ne peut qualifier que de discriminatoires. Je l'ai vu de mes propres yeux.

J'avais des collègues qui ont fait preuve d'un comportement raciste et discriminatoire devant moi, et j'ai également été la cible de ce genre de comportement. Je ne souhaiterais pas que ma famille ou mes amis issus de communautés marginalisées soient laissés seuls avec ces personnes comme figures d'autorité.

Comment dois-je interpréter la validité des plaintes concernant un collègue lorsque j'ai moi même observé ce dernier faire preuve d'un comportement discriminatoire?

Ce sont là quelques-uns des dilemmes internes auxquels nous faisons face lorsque la GRC laisse persister un comportement discriminatoire. Je n'ai besoin de rappeler à personne le mal qu'elle peut causer, comme on l'a vu dans le monde entier pendant l'été 2020.

Comment mettre fin aux microagressions?

Nous devrions y mettre fin en les traitant comme une violation fondamentale des valeurs humaines fondamentales. Nous devons déceler les microagressions lorsqu'elles se produisent, les confirmer et tenir les gens responsables.

On dit souvent que la GRC est le reflet de la société canadienne. Tout le monde admet qu'il existe un certain degré de bigoterie ou de partialité au sein de notre organisation, mais nous insistons sur le fait que le problème n'est pas très répandu. Le problème n'est peut-être pas très répandu, mais c'est une question de perception. Comment définir la notion de grande diffusion? S'agit-il d'une personne raciste par garde, par détachement, par district ou par division? Il s'agit d'un calcul subjectif.

Au fil des ans, j'ai fait des rencontres, j'ai tissé des liens d'amitié et j'ai travaillé avec la crème de la crème du Canada. Par conséquent, je trouve cela si décourageant de rencontrer des personnes qui affichent un comportement raciste et discriminatoire au sein de notre organisation. Leur permettre de rester, et dans certains cas de s'épanouir professionnellement, nuit à la réputation de la GRC et à la crédibilité de tous ses bons membres.

En tant que Noir, je pense que la théorie de la seule « pomme pourrie » revient à éviter la reddition de compte et de faire face à la justice. Comme les balles perdues, il suffit d'une seule pour infliger des dommages permanents.

En tant que membres de la communauté des forces de l'ordre, nous sommes souvent parmi les premiers à dénoncer le système de justice pénale du Canada lorsqu'il n'atteint pas le seuil de responsabilité ou de justice.

Examinons les commissions d'acte par rapport à l'inaction. Les deux peuvent être aussi nuisibles l'un que l'autre. Nous savons tous ce que sont les commissions d'acte, mais les inactions sont plus sournoises. Certaines personnes les confondent avec un parti pris implicite ou involontaire, mais les deux concepts sont distincts l'un de l'autre. Il est injuste qu'un système permette d'excuser une violation involontaire due à cette confusion. J'aimerais donner quelques exemples qui illustrent comment une inaction peut être stratégiquement déployée pour infliger un préjudice.

J'ai déjà comparé à une inaction le fait de retenir les renforts et de ne pas soutenir ses collègues, les membres de sa famille à la GRC. Qu'en est-il lorsqu'un membre de l'équipe invite l'équipe à prendre un café, un thé ou un déjeuner, mais exclut un membre de l'équipe? Ce serait une omission à agir (ou inaction), un parti pris intentionnel, une discrimination.

Si quelqu'un m'invite à un barbecue et me sert des hot dogs sur des assiettes en carton, je lui en serais reconnaissant et j'aurais l'impression que le geste est celui d'un ami. Cependant, si l'on servait à tous les autres invités un filet de bœuf sur de la vaisselle fine, je ne ressentirais pas de la gratitude, bien au contraire.

Il s'agit là d'un exemple moins évident d'une inaction, mais il existe d'innombrables autres exemples plus concrets actuellement pratiqués. Il s'agit de bien plus qu'une injure raciale, même si j'en ai eu et vu ma part, tant au sein de la GRC qu'en dehors. Encore une fois, comme le supplice de l'eau. Il faut être éduqué pour pouvoir cerner et confirmer les microagressions sous toutes ses formes puis s'y attaquer. Elles constituent l'une des formes les plus cachées de racisme, de discrimination et d'intimidation.

Qu'en est-il des employés qui se remémorent les jours de gloire supposés de la GRC, lorsque la majorité de ses agents étaient de bons petits fermiers de la Saskatchewan qui travaillaient dur?Note de bas de page * Comme beaucoup d'autres, je peux reconnaître le langage crypté du dilogisme. Merci d'avoir dénigré et exclu les contributions de nombreux Canadiens différents en une courte phrase. Le mal est fait! Ce même type d'individu dira alors que la GRC n'embauche que des femmes et des personnes de couleur. Là encore, il s'agit de déclarations qui ont pour but d'encourager et d'enflammer les sentiments anti-quelque chose. Il s'agit d'une commission d'acte, considérée comme mineure, qui a souvent été examinée dans l'environnement actuel. Lorsque nous ne contrôlons pas ce genre de comportements, nous encourageons les individus qui les manifestent à adopter des comportements encore plus négatifs, qui s'enracinent et touchent tout le monde dans leur sphère d'influence.

Lorsqu'une situation se détériore au point d'avoir un impact juridique négatif sur la GRC, ou lorsqu'elle remet en cause notre intégrité, notre professionnalisme et notre crédibilité, la réponse systémique à ces incidents et comportements doit être examinée. Il s'agit d'un exemple de la manière dont on laisse la discrimination et le racisme systémiques, et non systématiques, persister et circuler sur notre lieu de travail et dans la société.

Nous ne pouvons pas commencer à guérir en tant que nation tant que le principe de responsabilité et de justice ne sera pas établi. Comme nous l'avons vu récemment, les comportements non professionnels sur le lieu de travail ont eu des effets négatifs sur certaines des plus hautes fonctions publiques du Canada. À cet égard, nous ne pouvons pas continuer à pointer avec arrogance les États-Unis comme étant inférieurs à nous.

Je n'ai pas encore vu un seul avis professionnel en accord avec la déclaration suivante : « Les personnes qui font preuve d'intimidation, de fanatisme, de sexisme ou de racisme ont leur place dans le corps de police. »

Pour corriger la situation, il nous faut des systèmes solides qui définissent, identifient et responsabilisent les gens lorsqu'ils adoptent ce genre de comportements. Ces systèmes doivent être déployés de manière désinvolte et inflexible, sans crainte ni faveur. En d'autres termes, il ne doit pas y avoir de discrimination fondée sur le statut professionnel, les contacts ou les associations d'un employé. Pourquoi un agent de police ou un assistant administratif devrait-il être sanctionné sévèrement alors qu'un directeur ou un cadre ne reçoit qu'une réprimande minimale?

Les superviseurs et gestionnaires tiers doivent également être tenus responsables de manière substantielle s'il s'avère qu'ils ont retardé, ignoré, perturbé ou manipulé l'esprit des systèmes de la GRC.

Il n'est pas juste pour un superviseur ou un gestionnaire, ni pour leurs subordonnés, d'administrer les conséquences négatives de manière impartiale. Nier cela, c'est nier que nous sommes tous humains. N'est-ce pas pour cette raison que la GRC refuse que ses membres travaillent dans leurs communautés d'origine? Un système impartial et solide ordonnerait à un dirigeant de faire rapport à une tierce partie ou à une unité indépendante pour une enquête et une décision éventuelle. La seule autre implication de la personne en question devrait être si elle est appelée à témoigner des allégations. Ce système de justice ne doit pas être influencé ni compromis de quelque manière que ce soit par la chaîne de commandement.

Dans le système actuel de traitement des plaintes de la GRC, la responsabilité des superviseurs directs, jusqu'aux commandants divisionnaires, place tout dirigeant dans une position peu enviable. Faut-il risquer l'efficacité opérationnelle d'une unité en accordant trop de crédit à une personne accusée simplement parce qu'elle dispose d'un capital professionnel ou personnel? Faut-il tenir compte de leur rang? Existe-t-il de « bons gars »? Là encore, il s'agit de termes cryptés comme des messages dilogiques. La GRC veut-elle prendre le risque de perdre l'expérience d'un membre spécialisé? Fermons-nous les yeux ou retardons-nous le processus, en attendant par exemple qu'un témoin clé prenne sa retraite, afin qu'une plainte devienne sans objet? Un superviseur se contente-t-il de transférer ou de promouvoir une personne et de classer l'allégation sans rendre justice ni tenir la personne coupable responsable? Les inactions semblent infinies.

Il ne s'agit pas toujours du joueur, mais toujours du jeu : des systèmes et des politiques. Le système dont nous disposons maintenant met les superviseurs de la GRC dans une position compromise : s'ils prennent des mesures, ils prennent un risque professionnel. Pour l'éviter, certains agiront de manière à tenir compte des déficiences, qui paralysent le système.

Nous devons nous défaire de notre culture du « tout ou rien » en matière de responsabilité. Le châtiment auquel la GRC a recours est soit une simple réprimande, comme une perte de salaire minimal ou une suspension, soit, à l'autre bout de l'échelle, un licenciement en passant par une retraite anticipée ou bien un licenciement pur et simple. La GRC saute donc des étapes. L'intégrité, le professionnalisme, la crédibilité et la réputation de l'organisation sont dans ce cas publiquement mis à mal.

Pour obtenir justice et rendre compte des actions d'une personne, nous devons envisager un éventail de sanctions plus nuancé : rétrogradation, retrait des privilèges de supervision ou de gestion, moratoire sur la possibilité de promotion et gel des niveaux de rémunération dans le grade atteint. Il ne devrait pas non plus être possible qu'une personne continue à se comporter mal en étant réembauchée en tant qu'employé de la fonction publique ou réserviste après avoir quitté son poste de membre régulier dans des circonstances négatives.

Ces sanctions, entre autres, sont des exemples de justice et de responsabilité. À l'heure actuelle, le système de la GRC met trop fortement l'accent sur de nouveaux programmes de formation sur les préjugés, la sensibilisation culturelle et la formation à la sensibilité. Il s'agit de valeurs fondamentales qui doivent être vérifiées avant qu'une personne ne soit engagée comme policier.

Cette situation nous laisse avec un système dans lequel le sort de la devise « Maintiens le droit » est laissé à des individus qui peuvent être incapables de faire ce qui est juste ou peu enclins à le faire. Il s'agit là d'une inaction, qui peut également s'enraciner dans un parti pris. Rendre justice et rendre compte de ses actes devraient être la norme pour les ressources humaines internes de la GRC et pour nos plaintes publiques externes.

Pourquoi cela fonctionnerait-il?

Cela fonctionnerait parce que des règles claires de comportement, de responsabilité et de décence humaine de base finissent par s'imposer et par prendre effet. Cela fonctionnerait tout comme nous le constatons aujourd'hui sur les routes : très peu de personnes conduisent avec des facultés affaiblies ou sans ceinture de sécurité, ou dans la vie de tous les jours : très peu de personnes fument dans une épicerie ou un restaurant.

La réforme des systèmes de la GRC contribuerait à transformer notre culture, pour en faire le type de lieu de travail auquel nous aspirons tous.

Note de l'auteur

*

Je sais que certaines personnes ont été offensées par cette déclaration : « Que dire des employés qui repensent aux jours glorieux de la GRC, à cette époque prétendument révolue où la plupart des agents étaient de bons vieux fils d'agriculteurs de la Saskatchewan qui n'avaient pas peur du travail? »

L'expression « fils d'agriculteur de la Saskatchewan » est souvent utilisée pour décrire le membre de la GRC qui était idéalisé dans le passé. Je n'ai jamais voulu laisser sous-entendre que les membres réguliers ou les gens de la Saskatchewan sont racistes. Le fils d'agriculteur de la Saskatchewan m'a souvent été dépeint comme un stéréotype positif, une personne qui possède les mots pour se défendre contre une personne comme moi, un membre de race noire. Cela montre à quel point les stéréotypes, bien intentionnés ou non, peuvent blesser. Merci de m'avoir fait part de cette situation.

Retour à la référence de la note de bas de page *

Joy, membre régulier de l'Alberta

Que sont les microagressions? Combien de fois diriez-vous en avoir fait l'objet?

Les microagressions sont peut-être peu connues de quelques-uns, mais elles constituent une expérience quotidienne pour certains membres de groupes marginalisés. Une microagression liée à la race peut être définie comme une indignité, une injure ou une insulte verbale dirigée contre un membre d'un groupe racialisé par un membre d'un autre groupe. La microagression est souvent commise par un membre d'un groupe dominant. Qu'elle soit manifeste ou subtile, la microagression est souvent déguisée en compliment. « Micro » ne signifie pas que l'agression est minime, il s'agit du niveau interpersonnel sur lequel se déroule l'interaction.

Un exemple de microagression manifeste serait d'observer ou de suivre de près une personne de couleur dans un magasin, un aéroport, etc., en vue de détecter un vol potentiel ou une activité suspecte. Un exemple de microagression subtile serait de dire à une personne noire qu'elle est la plus intelligente/la plus drôle/la plus jolie/insérer l'adjectif ici personne noire qu'elle connaisse. Demander à quelqu'un de parler au nom de toute sa race, par exemple en lui demandant « Pourquoi les Noirs ne font-ils pas _____? » est également une microagression.

Pourquoi sont-elles si néfastes?

Souvent, lorsque vous appelez quelqu'un pour une microagression, on considère que cela est mineur, pas grand-chose, ou on dit à la personne qui en a fait l'objet qu'elle est trop sensible. Nous appelons souvent les microagressions « le supplice de la goutte d'eau » et l'incidence qu'elles ont sur les Noirs, les Autochtones et les autres personnes de couleur est significative. Les microagressions véhiculent des messages cachés envers la personne visée qui renforcent un statut sociétal inférieur, historiquement perçu comme tel, ce qui contribue encore plus à l'aliénation des personnes racialisées. Les interactions constantes et répétées vécues jour après jour sont cumulatives. Elles portent atteinte à la santé mentale de la personne qui en est victime et l'épuisent littéralement.

Comment mettre fin aux microagressions?

La sensibilisation et l'éducation sont essentielles. Chaque individu doit décider s'il s'agit ou non d'une question importante et prendre ensuite des mesures pour s'éduquer. Pour une personne victime de microagression, il peut être très éprouvant sur le plan émotionnel de devoir porter à la fois le fardeau des répercussions de ces microagressions et la responsabilité de fournir une solution. Pour en savoir davantage sur les microagressions et les efforts visant à changer les choses, voici quelques ressources :

  • Le livre de Derald Wing Sue, Ph.D., Microaggressions in Everyday Life (en anglais seulement)
  • Le balado sur la race de #CitylineReal Microaggressions – The Do's and Don'ts (en anglais seulement)

Note du rédacteur

Alors que les discussions concernant le racisme systémique se poursuivent à la GRC, on s'attend à ce que tous les employés veillent à ne pas commettre de microagression. Ce sujet sera examiné plus en profondeur au cours des mois à venir.

Héros de l'histoire

Christopher, membre régulier en Ontario

Il y a tant de leaders noirs importants dans l'histoire du Canada. Qui vous inspire le plus et pourquoi?

Pour moi, le leader noir le plus inspirant de l'histoire du Canada est l'honorable Lincoln Alexander, qui, parmi ses nombreuses réalisations au cours de sa vie, a été un vétéran de l'armée canadienne, un avocat, le premier député noir (1968), le premier ministre noir du Cabinet fédéral et le 24e lieutenant-gouverneur de l'Ontario.

De nombreuses citations attribuées à Lincoln Alexander sont des leçons de vie. Celle qui me touche le plus est la suivante : « Notre devoir n'est pas d'être dans la moyenne. Notre devoir consiste à donner aux autres un modèle à suivre. » Tout au long de ses nombreuses années de vie, ce héros a accompli beaucoup de choses; en fait, il aurait fallu plusieurs vies à la personne ordinaire pour accumuler ses réalisations.

Né de parents originaires des Caraïbes (Jamaïque et Saint-Vincent-et-les-Grenadines), Lincoln Alexander a montré au monde et au Canada les succès qu'il était possible d'obtenir face à l'adversité et aux préjugés raciaux grâce à la persévérance, à la positivité et au rejet du statu quo.

Le fait d'en apprendre plus sur Lincoln Alexander me réchauffe le cœur et continue de me donner le courage de défendre ce en quoi je crois, de dire ma vérité, d'être fier de mon histoire, d'encourager ceux qui ne sont pas aussi forts et de raconter mon expérience à ceux qui veulent écouter.

Lincoln Alexander est un grand héros noir canadien. Je vous incite à en apprendre davantage sur son parcours inspirant.

Quel est votre personnage historique noir préféré et pourquoi?

Martin Luther King Jr. est mon personnage historique noir préféré. Il a été le leader le plus visible et le plus franc du mouvement des droits de la personne. Son influence et son impact n'étaient pas égoïstes ou ne visaient pas l'appât du gain, mais ils étaient une occasion de se lever et de parler de l'injustice et de l'inégalité profondément enracinées dans tous les États-Unis. Son message et sa portée étaient mondiaux, et, bien qu'il ait subi de fortes pressions pour cesser de transmettre son message et ait même reçu des menaces de mort, il a continué d'aller de l'avant en raison de ce en quoi il croyait. Ses convictions, sa passion et son plaidoyer ont malheureusement conduit à son assassinat, mais son héritage et son message ont continué de vivre grâce à des protestations et à des manifestations pacifiques aux États-Unis et dans le monde entier.

Le racisme envers les Noirs existe encore, mais les manifestations pacifiques dont j'ai été témoin dans ma jeunesse et que je vois aujourd'hui au Canada, aux États-Unis et dans d'autres pays disent notre vérité. Elles s'inscrivent dans la même lutte dont M. King a été témoin il y a tant d'années. Les jeunes portent le flambeau de M. King alors qu'ils continuent de plaider contre l'injustice raciale et pour un traitement équitable. Son héritage est encore bien présent de nos jours.

Ma citation préférée de M. King est la suivante : « Une injustice commise quelque part menace la justice partout. »

Qui était votre héros lors de votre enfance? Que vous a-t-il appris qui nous aidera tous à lutter contre le racisme envers les Noirs?

Mes héros lors de mon enfance étaient et sont toujours mes parents.

Leur enseignement était axé sur l'importance d'être une personne bonne et authentique. Grâce à mes parents et à mon éducation, j'ai toujours su d'où je venais et quel était mon milieu culturel mixte. En m'enseignant mes racines et les dures réalités du monde réel, mon père m'a dit : « Si tu as une goutte de sang noir, tu es Noir. » C'est ainsi que les gens vous perçoivent et c'est ainsi qu'ils vous traiteront. Mes parents m'ont aussi appris que la race noire était belle.

Dès mon plus jeune âge, j'ai observé les gens et j'ai constaté que nous n'étions pas tous traités de la même façon. J'ai appris très tôt ce qu'était l'injustice raciale.

Je suis né et j'ai grandi à Toronto. Dans le quartier où nous vivions, j'ai eu la chance d'être exposé à une variété de cultures qui s'appuyaient sur ma compétence culturelle. Mes fêtes d'anniversaire étaient comme un événement des Nations Unies. Mon père m'a toujours promis que nous retournerions un jour « chez nous », dans les Caraïbes, et, quand nous l'avons fait, la transition a été harmonieuse pour moi.

Non seulement mes parents m'ont-ils appris qui j'étais, mais ils m'ont également appris à me défendre et à défendre les autres, et à être conscient de mon entourage et de moi-même. Au début des années 1980, je me souviens d'avoir appris l'existence de l'apartheid après que ma mère se soit vraiment fâchée contre mon père parce qu'il avait acheté sans le savoir à l'épicerie un aliment en conserve qui était produit en Afrique du Sud. Ce n'est qu'au moment où je me suis rendu au Cap, en Afrique du Sud, que j'ai compris l'ampleur de l'injustice raciale; je me suis assis sur un banc « réservé aux non-Blancs » et j'ai réfléchi à la chance que j'avais eue. Les gens pensent que les injustices et les inégalités dans les autres pays n'existent pas ici, au Canada, mais ils se trompent.

Oui, le racisme envers les Noirs est une chose et oui, il existe au Canada. Mes parents m'ont appris à être gentil, compréhensif et patient – parfois, la partie « patience » est difficile. Ils m'ont aussi appris à être positif et fort, à dire ce que je pense, et à ne pas avoir peur de prendre une décision difficile. Même si ce n'est pas le « vote populaire », je préfère me tromper sur le bon côté des choses. Je continuerai de soutenir tous mes frères et sœurs policiers tout au long de notre parcours pour faire de ce pays un endroit plus équitable pour tous.

Pour citer encore mon leader noir inspirant, Lincoln Alexander, « le Canada est le meilleur pays du monde, mais il n'est pas parfait ».

Faisons tous notre part pour viser la perfection. Profitez du Mois de l'histoire des Noirs et ne cessez jamais d'apprendre.

Craig, membre régulier en Nouvelle-Écosse

Plusieurs dirigeants noirs ont marqué l'histoire du Canada. Qui vous a le plus inspiré et pourquoi?
Le révérend Richard Preston, par sa passion et son dynamisme, est pour moi l'un de ceux qui ont marqué l'histoire du Canada. Fuyant l'esclavage qui avait cours à Richmond, en Virginie, il est arrivé en Nouvelle-Écosse vers 1816, après la guerre de 1812. Parti à la recherche de sa mère qu'il a trouvée dans le canton de Preston, il a décidé d'utiliser ce nom comme nom de famille. En 1854, le révérend Preston a créé l'African Baptist Association, qui est par la suite devenue l'African United Baptist Association, mieux connue sous le nom d'AUBA dans la province. Le révérend Preston a rassemblé toutes les églises baptistes noires sous une même égide. L'African United Baptist Association, qui a aujourd'hui167 ans, est la plus ancienne organisation noire encore active au Canada. Elle offre une voix unifiée à la communauté noire et une base pour le mentorat des futurs dirigeants.
Qui est votre personnage historique noir préféré et pourquoi?

Malcolm X est l'un de mes personnages historiques préférés. Il a vécu à une époque où la population afro-nord-américaine avait besoin de développer une identité noire forte pour accompagner l'approche pacifiste du Dr King. Il a été vilipendé par l'establishment américain et dépeint comme un individu violent à craindre.

J'ai lu nombre des discours et exposés de Malcolm X. Cet homme était un intellectuel et un grand penseur, il est devenu si influent dans l'ensemble des États-Unis qu'il est devenu une menace. Imaginez dans les années 1960 vouloir que les Nations Unies jugent votre pays pour avoir maltraité les Noirs? Ce genre d'idées avant-gardistes a fait en sorte qu'il s'est finalement fait assassiner.

Qui étaient vos héros lorsque vous étiez jeune? Que vous ont-ils appris qui nous aidera tous à lutter contre le racisme à l'égard des Noirs?

Sachez que pour beaucoup d'entre nous, l'histoire des Noirs ne nous a pas été racontée quand nous étions jeunes, il n'en était pas question non plus dans nos manuels scolaires.

C'est une question à laquelle il m'est facile de répondre. Mes héros ont été mes parents : ma mère, Muriel Borden Smith, et mon père défunt, Bobby Smith. Ils ont jeté les premières bases de ma croissance personnelle. Ils nous ont encouragés, mes quatre frères et sœurs et moi, à faire de notre mieux dans tout ce que nous entreprenions et ils donnaient l'exemple. Ma mère, Geraldine Parker, Lillian Strugnell et Iona States ont contribué à la création de la première association parents-enseignants dans une école du centre-ville de Halifax et ont poussé la commission scolaire de la ville à faire mieux pour ses enfants. Mon père a été facteur pour Postes Canada pendant 36 ans et il nous a montré l'ardeur au travail, peu importe la météo ou les circonstances. Il a fait partie de plusieurs comités et groupes qui ont exercé diverses fonctions : Cornwallis Street Church Men's Brotherhood, Equity Lodge, Halifax Community Credit Union et Halifax Umpires' Association.

Mes parents nous ont inculqué qu'il faut savoir redonner à notre communauté et à la société, et qu'il faut être reconnaissants envers ceux qui nous entourent et remercier les Noirs qui aident à embellir notre monde. Nous avons grandi chez nous avec des magazines Ebony et Sepia, qui favorisaient une image positive de soi. Mes parents invitaient chez nous des personnes qui cherchaient à faire leur place en médecine, en éducation ou en athlétisme. On nous a appris à ne pas mépriser et à ne jamais tolérer nous sentir inférieurs par rapport aux autres. Nous recevions le journal quotidiennement chez nous et nos parents s'attendaient à ce que nous lisions plus que la page des sports et les bandes dessinées et que nous sachions ce qui se passait dans l'actualité. Je me souviens avoir regardé les funérailles du Dr King à la télévision et les premiers pas de Neil Armstrong sur la lune, ainsi que les nouvelles tous les soirs. Mon amour de l'histoire et des événements me vient de mes parents.

Mes parents nous ont également appris que la vie ne serait pas toujours facile et qu'il nous faudrait parfois travailler deux fois plus dur que les Blancs pour que notre travail puisse être reconnu comme Noirs. C'est avec cette mentalité que j'ai joint la GRC et c'est ainsi que j'ai abordé mon travail ces 22 dernières années.

Mes parents nous ont inculqué un fort sentiment d'identité et de respect pour nous-mêmes et pour ceux qui nous entourent. Le respect engendre le respect et incite à traiter les autres comme on aimerait qu'ils nous traitent en retour. Pour lutter contre le racisme, j'ai corrigé des personnes mal renseignées sur ce que signifie être Noir au Canada et j'ai fait valoir les réalisations de Canadiens noirs. Ces idéaux me viennent de mes parents.

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