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Gendarmerie royale du Canada

Cheminement de la GRC vers la réappropriation, la revitalisation et la renaissance des langues autochtones

Par Tanya Buhler

Des Autochtones dirigent une cérémonie au quartier général national de la GRC à Ottawa.
Image par Serge Gouin, GRC

28 septembre 2026

Contenu

L’honorable ancien sénateur Murray Sinclair a dit un jour que c’est l’éducation qui nous a menés là où nous en sommes aujourd’hui dans nos relations avec les peuples autochtones, et que c’est l’éducation qui nous en sortira.

Le Programme des langues autochtones, premier de son genre au niveau fédéral, place la formation au cœur de la mission de la GRC. Depuis son lancement en décembre 2023, plus de 350 employés de la GRC s’y sont inscrits. D’ailleurs, 20 autres langues seront proposées cet automne. À chacun son objectif : certains employés cherchent à se réapproprier leur langue d’origine pour mieux s’épanouir; d’autres souhaitent contribuer de manière significative à la vie de la communauté qu’ils servent et protègent.

Coordonner la revitalisation des langues

Tracey Paul-Kirkpatrick et Karine Way

Karine Way est la coordonnatrice du programme chargée d’établir des liens entre la GRC et les langues autochtones. Elle le dirige depuis sa création. Son inspiratrice? Sa grand-mère et son cheminement vers la récupération de sa langue traditionnelle dont elle avait perdu l’usage. Dans le pensionnat qu’elle fréquentait, elle était punie parce qu’elle la parlait.

« Comme beaucoup de survivants, elle a porté les séquelles de cette perte toute sa vie », confie Mme Way. Elle craignait aussi que, dans l’au-delà, ses ancêtres ne la comprennent pas. À cette pensée, elle a décidé de tout mettre en œuvre pour faire revivre sa langue.

Et c’est pourquoi Mme Way est passée à l’action. Dans son rôle, elle s’estime privilégiée de pouvoir contribuer à la remise en valeur des langues pour les employés de la GRC partout au Canada. Comme elle le dit elle-même, « la langue, c’est le trait d’union qui relie les familles, les membres d’une communauté et leurs ancêtres; c’est le fondement de la culture et de l’identité. Pour moi, soutenir l’apprentissage des langues autochtones revient à rétablir cette union. »

Mme Way trouve particulièrement valorisant de réparer les erreurs du passé. « Travailler pour une institution ayant joué un rôle dans des politiques qui ont contribué à la disparition de langues comporte une certaine responsabilité. Si des organisations comme la nôtre ont participé à la rupture de cette union, nous avons le devoir de nous engager tout autant à la rétablir et à la renforcer. »

Poursuivre la tradition

Tracey Paul Kirkpatrick croit que l’investissement de la GRC dans le programme est un acte de réconciliation concret. Inspirée par les enseignements et le legs de son père, Mme Paul Kirkpatrick apprend le wolastoqey, qu’elle n’a pas pu apprendre pendant son enfance passée dans la Première Nation de Bilijk. Ses grands-parents et son père ont subi des atrocités au pensionnat et à l’externat pour avoir parlé leur langue. Voulant épargner le même sort à leur descendance, ils ont choisi de ne pas la lui enseigner. Plus le temps passait, moins la langue était parlée et comprise par sa famille. En revanche, Mme Paul Kirkpatrick se souvient que cette langue était bien vivante chez ses grands-parents, car ils la parlaient toujours entre eux. Cette brève exposition a fait naître chez elle le désir de se réapproprier son héritage culturel.

Mme Paul Kirkpatrick a déjà suivi deux niveaux de formation en langue wolastoqey. Désormais, elle se présente fièrement en wolastoqey lorsqu’elle anime des réunions et des présentations. À titre de conseillère en planification pour le Programme de navigateurs de carrières pour Autochtones, elle recommande la GRC comme employeur de choix.

« Lorsque nous, employés autochtones, pouvons montrer que notre organisation nous soutient dans des projets extraordinaires comme celui-là, c’est formidable pour nous dans nos relations avec les communautés que nous servons, s’enthousiasme Mme Paul Kirkpatrick. Nous apportons au travail nos modes d’être et de savoir authentiques, ainsi que nos visions du monde, et nous les allions aux politiques fédérales. Cette approche à double perspective nous aide à tisser des liens et à établir des partenariats constructifs avec les communautés autochtones. »

« En investissant dans les langues et en créant des possibilités d’incorporer les langues autochtones de manière significative, la GRC contribue à favoriser la compréhension culturelle, à renforcer les liens et à soutenir la revitalisation linguistique. »

La voie de l’épanouissement

Sergente d’état-major Jennifer McNeil (à la retraite)

La réappropriation culturelle revêt une importance fondamentale pour Jennifer McNeil, sergente d’état-major à la retraite en Colombie-Britannique, et sa famille. La mère de Mme McNeil n’a pas pu échapper à l’emprise néfaste d’un pensionnat indien qu’elle a fréquenté pendant son enfance dans la Première Nation de Williams Lake. Séparée de sa famille à l’âge de quatre ans, elle se souvient du processus d’assimilation qu’elle a subi là-bas et des efforts qu’elle a déployés pour s’intégrer dans la société. Ces efforts lui ont coûté son identité, sa culture, sa communauté et sa langue.

Aux côtés de sa fille et de sa sœur, la mère de Mme McNeil, du haut de ses 72 ans, retrouve aujourd’hui ce qu’elle a autrefois perdu. Grâce au programme, tous les membres de la famille apprennent le Secwepemctsin, leur langue traditionnelle. Ils le parlent entre eux et avec leurs proches, qui l’apprennent également.

La famille de Mme McNeil veut en apprendre davantage. Actuellement, le programme lui propose un deuxième niveau qui lui permettra de le faire. Au fil de son apprentissage, la famille renouera avec sa culture et sa communauté, et tissera des liens plus étroits.

La mère de Mme McNeil retourne souvent dans sa communauté d’origine pour assister à des pow-wow et à des cérémonies traditionnelles. Mme McNeil admire les progrès de sa mère, qui retrouve son sentiment d’appartenance et sa place d’aînée dans sa communauté.

De l’enseignement à la réappropriation

Gendarme Wanda McKenzie

Pour la gendarme Wanda McKenzie, tisser des liens avec la communauté et son travail de policière en Saskatchewan est ce qu’il y a de plus précieux. Survivante d’un pensionnat indien, elle continue à récupérer l’une de ses langues traditionnelles.

En grandissant, elle a toujours parlé le cri à la maison et a mené une vie traditionnelle dans le nord de la Saskatchewan. À l’école primaire, elle essayait de parler en cri à ses camarades dans une classe d’anglais. Devant leurs moqueries, elle s’est découragée et s’est juré de ne plus jamais parler cette langue. La réponse de sa mère, en cri, a été une bouffée de motivation : « Si tu n’apprends pas à parler la langue de tes ancêtres, elle disparaîtra et nous la perdrons à jamais ». Ce conseil l’a nourrie toute sa vie.

C’est aussi à cette époque que Mme McKenzie a découvert que son père, enfant, parlait couramment le denesuline. Après avoir perdu sa famille dans sa jeunesse, il a été éloigné de chez lui, ce qui l’a conduit à perdre sa langue. Ayant pris connaissance du programme, Mme McKenzie s’est inscrite à un cours de denesuline. Pour elle, la langue crée naturellement un lien avec la culture et la communauté et procure, surtout, un sentiment de respect et de confiance. Mme McKenzie se sent guidée par ses ancêtres, et son apprentissage des langues autochtones est une façon par laquelle elle leur rend hommage.

En tant que policière ayant passé toute sa carrière dans des communautés autochtones, Mme McKenzie estime que c’est là qu’elle trouve compréhension et accueil. Elle contribue à sa manière à la réconciliation entre la GRC et les communautés autochtones, et encourage tous les employés de la GRC à se familiariser avec les langues et la culture des communautés dans lesquelles ils travaillent et vivent.

« Dans ce métier, la formation est importante, car la communication est la clé de la confiance. Même si on n’apprend que quelques expressions, cela favorise la compréhension et le respect. L’apprentissage des langues devrait s’inscrire dans un processus continu, puisque nous sommes au service des nombreuses communautés autochtones de ce pays. »

Hommage à la population

Surintendant principal Kent Pike

Le surintendant principal Kent Pike a passé la majeure partie de sa carrière dans le nord du Canada. Aujourd’hui commandant divisionnaire au Nunavut, il a réfléchi à l’importance d’apprendre l’inuktitut. Lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il aimerait apprendre cette langue, il s’est rendu compte que c’était quelque chose qui l’intéressait vraiment. À ce moment-là, la GRC adressait sa communication aux employés au sujet du programme. Il se souvient d’avoir, par le passé, fait appel à des traducteurs pour faciliter ses communications avec les communautés qu’il servait. Pour nouer des liens plus étroits, il savait qu’il serait honoré d’apprendre la langue.

Le surintendant principal Pike vient de terminer le deuxième niveau de formation en inuktitut. Il prend conscience de l’avantage que présente l’apprentissage de cette langue dans le cadre de ses fonctions, celui de favoriser la compréhension mutuelle. « Nous côtoyons souvent des personnes en détresse, mais le simple fait de comprendre ou de prononcer un mot suffit à désamorcer rapidement la situation. Vous montrez ainsi votre respect pour la personne, qui vous respecte en retour. »

Il explique que lorsqu’on est affecté dans une collectivité du Nord, on en fait partie. Un policier entretient des relations personnelles et professionnelles avec les membres de la communauté qu’il sert. Le surintendant principal Pike encourage tous les membres à apprendre une langue autochtone.

Il compte poursuivre son parcours d’apprentissage de l’inuktitut. D’ailleurs, le Détachement de la GRC et le gouvernement du Nunavut collaborent à la mise en place d’un programme de formation linguistique à l’intention de la communauté et des membres de la GRC.

Un engagement pour les générations futures

Le programme des langues autochtones de la GRC continue de s’agrandir et de prospérer. Encouragée par le retour en grand nombre d’employés souhaitant suivre une formation complémentaire, Mme Way continue de collaborer avec des prestataires de formation afin d’ajouter des programmes de premier, de deuxième et de troisième niveau en diverses langues autochtones. Selon elle, l’apprentissage d’une langue ne se limite pas aux mots et à la structure de phrases : « Grâce à la langue, les apprenants comprennent mieux les visions, les valeurs, les relations et les perceptions du monde propres aux peuples autochtones. En fin de compte, le Programme des langues autochtones vise les enfants, les petits-enfants et les générations à venir. »

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