Dans le feu de l'action : situation critique sur la Colline du Parlement, partie 2 : Signes inquiétants
Traumavertissement : mort, suicide, santé mentale
Par Patricia Vasylchuk
Le sergent-major d’état-major Richard Rozon, maintenant à la retraite, porte fièrement la tunique rouge de la GRC.
Image par Richard Rozon
23 janvier 2026
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Le matin du 22 octobre 2014 a commencé comme bien d'autres journées, mais il n'était pas encore 10 h lorsque le sergent Richard Rozon, le gendarme Curtis Barrett et le caporal Danny Daigle se sont retrouvés face à face avec un terroriste qui déchargeait une carabine de chasse de calibre .30-30 dans le Hall d'honneur du Parlement. Lisez le récit de Rozon sur les répercussions de la fusillade dans la partie 2 de la série de quatre articles publiés dans la Gazette intitulée Dans le feu de l'action : situation critique sur la Colline du Parlement. Si vous avez manqué Partie 1, vous pouvez la lire maintenant.
Signes avant-coureurs
Rozon a tôt fait de reprendre le travail. En moins d'une semaine, il était de retour sur la Colline. Avec le recul, il admet qu'il y avait des signes inquiétants dès le début, mais il n'en était pas conscient à l'époque.
« Je travaillais toute la journée, je faisais des heures supplémentaires jusqu'à 22 h et je me couchais. Puis je me levais à 3 h du matin parce que je n'arrivais plus à dormir, raconte Rozon. Plus le temps passait, moins je dormais, jusqu'à ce que je ne dorme plus du tout. J'ai fait ça pendant des mois. »
Mais les collègues de Rozon ont constaté un changement important dans son comportement et ont fait part de leurs inquiétudes à l'officier responsable, qui a suggéré à Rozon de consulter un professionnel.
« Ils ont commencé à voir que quelque chose n'allait pas, que je ne plaisantais plus et que je ne m'amusais plus », dit Rozon, ajoutant que malgré ces observations, il ne pensait pas qu'il y avait quoi que ce soit d'anormal.
« Je pensais que j'allais bien, que j'étais juste fatigué. Je fonctionnais, » dit-il. Et il a continué à travailler et à ne pas dormir. Mais, avec le temps, ses collègues ont vu que son état s'aggravait et, cette fois, on lui a dit qu'il n'avait plus le choix. Il devait aller voir un professionnel.
Chemin difficile vers la guérison
Après une première évaluation de sa santé mentale par les services de santé de la GRC, Rozon a été informé qu'il souffrait d'un trouble de stress post-traumatique grave et qu'il devait cesser de travailler immédiatement. Une psychologue indépendante a rapidement confirmé le diagnostic.
« Je n'y croyais pas; j'ai connu pire. Je suis accro à l'adrénaline. Je me précipite vers ce genre de choses. On m'a plusieurs fois tiré dessus, ma voiture de police a été percutée, j'ai été traîné par une voiture sur 30 mètres. J'ai vécu beaucoup de choses et rien ne m'a jamais vraiment dérangé; je n'ai jamais perdu le sommeil à cause de ça, dit-il. Je me suis dit que la psychologue ne me connaissait pas. Mais elle me dit comment je suis dans ma vie quotidienne et elle ne se trompe pas. Puis, elle m'a dit : “Agissiez-vous comme ça avant?” Et j'ai répondu que non. Et elle m'a dit : “C'est le trouble de stress post-traumatique.” »
Rozon a compris que l'attaque du Parlement était probablement la dernière goutte qui a fait déborder un verre d'eau déjà plein.
Dès qu'il a compris à quoi ressemblait le TSPT et comment il se développait, son chemin vers la guérison a commencé. Mais il affirme que son année de rétablissement à la maison qui a suivi s'est avérée extrêmement difficile.
« C'était terrible. Je me sentais coupable d'être à la maison tous les jours. J'avais honte d'être payé, mais de ne pas travailler, explique Rozon. Je ne voulais pas quitter la maison. De temps en temps, lorsque ma femme m'envoyait faire des courses ou autre, si je voyais quelqu'un que je connaissais en public, je faisais demi-tour et marchais dans une autre direction. »
Les personnes blessées aident les autres
En cours de route, Rozon a découvert que le médicament qui lui avait été prescrit pour traiter le TSPT ne l'aidait pas. Il se sentait déconnecté et avait des pensées suicidaires. Ses médecins ont convenu qu'il devait arrêter de prendre ce médicament.
Au fil du temps et des nombreuses séances de consultation avec de multiples psychologues et psychiatres, Rozon a commencé à sortir de l'obscurité.
C'est à la même époque qu'il a découvert que le fait de raconter son histoire dans le but d'aider d'autres personnes dans une situation similaire contribuait également à son propre rétablissement.
« Si je peux sauver la vie d'une personne en lui faisant part de ce que j'ai vécu, pour qu'elle ne fasse pas ce que j'allais faire, je suis heureux », dit-il.
Retour au travail
Un an plus tard, Rozon a repris le travail à temps partiel, bien que son équipe médicale l'ait informé qu'il pourrait lui être bénéfique de rester plus longtemps à la maison.
« Je sentais que je serais plus moi-même, que je me sentirais mieux dans ma tête, si je reprenais mon travail en tant que membre », explique-t-il.
Au cours des années suivantes, Rozon a occupé plusieurs postes administratifs, notamment dans le domaine de la sécurité des bâtiments. Son retour au travail a été bénéfique pour sa santé mentale, mais le trouble de stress post-traumatique avait laissé des traces.
Au travail, Rozon a remarqué qu'il avait des problèmes de mémoire et de la difficulté à retenir des informations.
« Avant, je pouvais lire une page pleine d'informations et je me souvenais de tout ce qu'elle contenait, explique Rozon. Maintenant, je n'arrive plus à les retenir. »
Soutien aux familles
Il n'a pas été facile pour Rozon d'accepter la nouvelle version de lui-même.
« L'ancien moi n'était pas parfait. Il y a eu des améliorations, mais je ne suis pas l'homme que [mon épouse] a rencontré », déclare Rozon. « J'ai appris beaucoup de choses, mais il m'arrive de perdre mon sang froid. »
Rozon estime que le soutien de son épouse a joué un rôle important dans son rétablissement, ajoutant que cette dernière a même participé à des séances de consultation pour apprendre à l'aider du mieux qu'elle peut.
« Elle sait quand il ne faut pas insister et elle sait que je vais me calmer et que nous pourrons ensuite discuter », explique Rozon. « Je suis heureux qu'elle accepte le nouveau moi, et ce qui est bien, c'est qu'elle est tellement compréhensive; elle sait comment composer avec la situation. »
Retraite et repos
Rozon a pris sa retraite en 2024, mais le fait qu'il n'a pu travailler à sa pleine mesure lui pèse toujours.
« Je n'ai jamais vraiment repris le travail en tant que membre à part entière, se souvient-il. Je pars la tête basse parce que je n'ai jamais pu contribuer comme j'aurais dû le faire ou comme j'aurais voulu le faire. »
Juste avant son départ à la retraite, son patron a voulu célébrer sa carrière lors d'une cérémonie et d'une remise de prix, mais Rozon a respectueusement refusé.
« Je ne veux rien de cela. Je veux juste passer inaperçu », déclare-t-il.
Mais d'autres ne partagent pas son point de vue. « Mon patron m'a dit que si je n'avais pas été là le 22 octobre, beaucoup plus de gens seraient morts aujourd'hui, et j'entends cela. »
Rozon utilise désormais son expérience pour apporter son aide lorsqu'il le peut. « Est-ce que je suis guéri?, se demande-t-il. Eh bien, lorsque je rencontre des policiers dans des endroits publics, je ne m'enfuis plus, je peux leur parler. C'est déjà ça. »
À venir : les parties 3 et 4, les parcours personnels du caporal Danny Daigle et du sergent Curtis Barrett après l'attaque du Parlement en 2014.