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Gendarmerie royale du Canada

Dans le feu de l'action : situation critique sur la Colline du Parlement, partie 1

Traumavertissement : mort, suicide

Par Patricia Vasylchuk

Rozon, Barrett et Daigle se trouvaient sur les lieux de l’attentat au Parlement en 2014.
Image par Shutterstock et modifié par la GRC

19 janvier 2026

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Horreur dans le Hall d'honneur

Le matin du 22 octobre 2014 a commencé comme bien d'autres journées pour le sergent Richard Rozon, le gendarme Curtis Barrett et le caporal Danny Daigle. Rozon attendait dans la file du Tim Hortons pour commander un café, et Barrett et Daigle se trouvaient au poste de contrôle des véhicules du Parlement. Mais un peu avant 10 h, les trois policiers de la GRC se sont retrouvés face à un terroriste qui déchargeait une carabine de chasse de calibre .30-30 dans le Hall d'honneur du Parlement.

Rozon était le premier des trois policiers à arriver sur les lieux, quelques minutes après avoir appris par leur radio qu'un homme était armé d'une carabine sur la Colline du Parlement. Lorsque les policiers sont entrés dans la Tour de la Paix moins de trois minutes plus tard, le tireur avait déjà échangé des coups de feu avec le personnel de sécurité à l'intérieur.

« Des nuages de fumée et de poudre à canon emplissaient l'air », raconte Rozon, désormais un sergent-major d'état-major retraité. « Et beaucoup de personnes se cachaient derrière des piliers. »

Quelques secondes après leur entrée dans l'immeuble, les policiers Rozon, Barrett et Daigle, de même qu'un quatrième agent, le gendarme Martin Fraser, se sont déplacés de manière synchronisée à travers l'immeuble, en utilisant la formation de déploiement rapide pour action immédiate (DRAI), à savoir une formation en losange employée par la police dans les situations de tireur actif. Barrett a pris la tête, Rozon et Fraser ont couvert les flancs, et Daigle s'est occupé de protéger leurs arrières.

« À ce moment-là, on ne savait pas à quoi ressemblait le tireur, et tous les gardes de sécurité portaient des vêtements civils, se remémore le sergent Rozon. La confusion régnait à l'intérieur. »

En s'appuyant sur le travail d'équipe et sur leur formation, le groupe de quatre s'est frayé un chemin dans l'immeuble, fusils en joue. Barrett, qui avait travaillé en étroite collaboration avec les équipes de sécurité de l'immeuble, a aidé ses collègues à identifier les personnes sur qui il ne fallait pas tirer en criant occasionnellement « Ami! ».

« Je pensais que j'allais mourir cette journée-là; en fait, j'en étais convaincu », confie Barrett, désormais sergent, en se rappelant le moment où quelqu'un a hurlé : « Il a un fusil de chasse! Il a un fusil de chasse! »

Face à face avec un tueur

Tout à coup, le canon de l'arme du tireur est apparu de l'arrière d'un pilier en pierre, et les policiers se sont préparés à l'affrontement. À la vue des quatre membres de la GRC, Michael Zehaf Bibeau, le tireur, a ouvert le feu, et un échange de tirs s'est ensuivi.

Soudainement, Rozon a senti un puissant coup contre son torse, qui l'a projeté vers l'arrière.

« J'ai cru que j'étais touché. Je me sentais comme si on m'avait frappé sur le torse de plein fouet, et le coup m'a déséquilibré, mais l'adrénaline m'a permis de continuer », relate Rozon, qui a trouvé plus tard des traces de poussière, mais aucun trou laissé par une balle sur son uniforme. Il a appris plus tard que l'impact avait été provoqué par les débris d'une balle qui avait ricoché sur de la pierre.

Puis, l'espace d'un instant, Zehaf-Bibeau a cessé de tirer pour recharger son arme, selon Rozon. Les quatre policiers en ont profité pour se précipiter vers le suspect. Barrett a commencé à faire feu à partir de l'endroit où il se tenait devant le tireur et à la gauche de Rozon. Au même moment, Kevin Vickers, sergent d'armes de la Chambre des communes, qui s'était réfugié de l'autre côté d'un pilier en pierre pour se cacher de Zehaf-Bibeau, a sauté au sol entre Rozon et Barrett pour avoir une vue dégagée du terroriste, et a commencé à tirer.

Après avoir reçu plusieurs balles, le tireur se tenait toujours debout.

« J'ai fait feu sur lui 14 ou 15 fois, et il se tenait sur ses deux jambes », décrit Barrett. D'après le rapport du coroner qui a permis de confirmer cette information plus tard, c'est ce dernier qui a fini par neutraliser Zehaf-Bibeau par une dernière balle dans la tête. Tout l'événement, à partir du moment où les policiers sont entrés dans l'immeuble jusqu'à la fin de la fusillade, a duré moins de trois minutes.

Ayant reçu des signalements sur la présence éventuelle d'un deuxième tireur – qu'on sait maintenant faux – les policiers de la GRC, de même que le Service de police d'Ottawa, les services de protection du Sénat et de la Chambre des communes, ainsi que d'autres policiers de la GRC, ont continué de travailler jusqu'à tard le soir pour s'assurer qu'il n'y avait plus de menace pour la sécurité du public.

Des séquelles éprouvantes

Ce soir-là, Rozon, Daigle et Barrett ont reçu l'ordre de remettre leurs armes et ont été escortés chez eux pour commencer un congé obligatoire pendant l'enquête sur un décès mettant en cause des policiers. Ils ont eu comme directive de ne pas parler de l'incident.

La séance de consultation de groupe qui leur a été donnée une semaine plus tard, également offerte à l'ensemble des employés du Quartier général national, n'a pas su leur apporter le réconfort dont ils avaient besoin pour remonter la pente.

Leur incapacité à parler aisément de ce qui s'est passé et à assimiler les événements survenus sur la Colline et leurs répercussions a entraîné Rozon, Barrett et Daigle dans une spirale destructrice.

Dans les parties 2, 3 et 4, nous nous pencherons sur le parcours de santé mentale de chacun de ces policiers afin de surmonter leur douleur et de guérir à la suite de la fusillade.

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