La sécurité de tous, souci premier de la GRC lors des feux en Saskatchewan
Par Jennifer Liu
Les feux de forêt de l’été dernier ont baigné la région de La Ronge, en Saskatchewan, d’une lueur orange foncé.
Image par Derek Eberle
26 février 2026
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Lorsque des feux de forêt ont menacé les trois communautés de La Ronge, en Saskatchewan, le détachement local de la GRC s'est mis en action pour assurer leur sécurité.
L'an dernier, alors que la fumée des feux de forêt embrouillait l'air dans une bonne partie du pays, de petites collectivités partout sur le territoire se démenaient pour maîtriser les brasiers qui la crachaient dans le ciel. Dans le nord de Saskatchewan, les trois communautés, y compris La Ronge, Air Ronge et les communautés des Premières Nations de Lac La Ronge, affrontaient les pires incendies de leur histoire.
Bien que la GRC ne combatte pas elle-même les incendies, elle joue un rôle de premier plan dans la protection des résidences et des biens des communautés touchées. Son Détachement de La Ronge reçoit 1 000 demandes de service chaque mois, ce qui le classe au deuxième rang des détachements les plus sollicités en Saskatchewan. L'ordre d'évacuation d'urgence lancé l'été dernier en raison des violents feux de forêt qui balayaient le nord de la province a déclenché une intervention qui allait bien au-delà de la charge de travail habituelle. Le sergent d'état-major Derek Eberle est le chef du Détachement de La Ronge.
« Le grand public ne comprend pas à quel point il est crucial de nous laisser faire notre travail et n'est pas conscient des efforts et des coûts réels qu'entraîne ce genre de situation », constate-t-il. « Nous ne sommes qu'un des rouages dans l'intervention d'urgence globale. »
Image par Derek Eberle
L'usine de propane menacée
Au début de juin, un incendie s'est déclaré dans le sud-ouest du territoire du Détachement. De forts vents ont vite propagé des cendres brûlantes qui ont allumé d'autres feux dans tout le secteur. « C'est alors que les choses ont basculé », se souvient le sergent d'état-major Eberle. Impossible, dans la tourmente, de savoir où le feu prendrait ensuite. Sur les routes, les résidants qui tentaient d'échapper au danger se retrouvaient souvent entourés d'arbres en feu.
La plus grande menace pour la communauté est survenue le 12 juin. « Des membres de la GRC qui travaillaient de nuit ont aperçu un feu à côté de l'usine de propane dans le parc industriel de La Ronge », raconte le sergent d'état-major Eberle. Ils le lui ont signalé à 4 h du matin, et il a tout de suite appelé l'Agence de la sécurité publique de la Saskatchewan. L'arrivée des pompiers moins de 30 minutes plus tard a permis d'éviter la catastrophe.
« Je demeure convaincu que sans la vigilance de ces membres, une partie considérable de la municipalité aurait été rasée », estime le sergent d'état-major Eberle. « Leur action rapide a donné une chance aux pompiers, dont le travail exceptionnel s'est traduit par un bilan sans décès. »
Un paysage dantesque
Même si la pire menace avait été écartée, plusieurs feux brûlaient toujours sur l'ensemble du territoire du Détachement et progressaient de façon imprévisible en raison des conditions de grande sécheresse. Le sergent d'état-major Eberle évoque des scènes chaotiques, où des communautés étaient encerclées par les flammes et les vents transportaient des aiguilles de pin incandescentes sur plusieurs kilomètres, allumant çà et là de nouveaux foyers d'incendie. Des premiers intervenants, dont certains ayant 25 ans d'expérience, lui ont affirmé n'avoir jamais vu des cendres se répandre aussi loin ni de façon si inusitée, dégageant une chaleur intense sans fumée et faisant naître, sous l'effet de vents soufflant à 95 km/h, d'immenses brasiers de plus de 15 mètres de hauteur.
« Quand vous roulez sur la rue principale de La Ronge et que les flammes vous poussent jusque dans le fossé en bordure de la voie opposée, vous mesurez brusquement toute la puissance de la nature », laisse-t-il tomber.
Quand le sergent d'état-major Eberle repense à cet incendie, le pire dans l'histoire de La Ronge, il est soulagé que le sinistre n'ait fait aucun mort. « Ce résultat clé n'aurait pas été possible sans une étroite collaboration avec des partenaires de confiance », estime-t-il.
Bien que l'intervention ait permis de sauver des vies, le sergent d'état-major Eberle souligne qu'il y a toujours moyen de faire mieux. Il rappelle que cet incendie n'est qu'un des 61 feux qui ont déferlé sur 625 039 hectares. Malgré l'héroïsme des pompiers, les flammes ont englouti au moins 89 structures.
Collaboration et communication
Le surintendant Devin Pugh, officier responsable des Services de soutien de la GRC en Saskatchewan, était à la tête de la structure de commandement du Centre des opérations d'urgence lors des feux de forêt de l'été 2025. Outre le bon déroulement des interventions d'urgence de la GRC, sa priorité en pareille situation est d'assurer autant la sécurité des résidants touchés que celle des policiers.
Il est d'accord avec le sergent d'état-major Eberle sur l'importance qu'a revêtue la collaboration avec les partenaires provinciaux, d'autant plus que les prévisions relatives aux incendies avaient annoncé une saison difficile.
« Au plus fort de la crise, le fait de continuer à recevoir des renseignements fiables, cohérents et précis de nos partenaires a été fort utile », souligne le sergent d'état-major Eberle. « Devant la voracité des feux qui dévastaient la Saskatchewan, ces communications suivies nous ont vraiment aidés à prévenir des blessures et des décès. »
Respect des ordres d'évacuation
Lorsque surgissent des menaces importantes pour la sécurité publique en Saskatchewan, la GRC collabore étroitement avec ses homologues des services d'intervention d'urgence dans toute la province. Les opérations se poursuivant alors jour et nuit, les policiers de la GRC peuvent faire des journées de travail de jusqu'à 15 heures.
« Nous veillons au maintien de l'ordre pour que nos partenaires puissent se consacrer à d'autres fonctions », précise le sergent d'état-major Eberle.
Les incendies entraînent souvent des pannes des infrastructures de télécommunication et des systèmes de filtration de l'eau. La GRC dispose de systèmes de secours pour les communications liées aux interventions d'urgence, mais les membres du public risquent de perdre toute connectivité. De plus, les feux réduisent la visibilité, rendent l'air difficile à respirer et compliquent les efforts pour fuir les lieux. La meilleure stratégie consiste donc à quitter le secteur avant qu'il ne soit trop tard.
Le surintendant Pugh recommande aussi de vérifier si les mises à jour sur la situation d'urgence viennent d'autorités et de sources dignes de confiance.
« Il est important de s'assurer d'obtenir de l'information crédible, surtout quand les enjeux sont si grands », insiste-t-il. « Les photos d'immeubles en feu diffusées dans les médias sociaux sont peut-être accrocheuses, mais sont-elles récentes? Viennent-elles d'une localité éloignée? Ont-elles été générées par l'intelligence artificielle? »
La vaste majorité des résidants ont suivi les conseils des autorités publiques qui recommandaient de quitter la zone de danger, mais un petit nombre de personnes ont choisi de rester chez elles, jusqu'à ce qu'il soit presque trop tard pour trouver refuge en lieu sûr.
Le sergent d'état-major Eberle n'a pas mâché ses mots en s'adressant aux récalcitrants : « Nous voulons éviter le pire, c'est-à-dire d'avoir à demander aux proches de fournir des échantillons de l'ADN des personnes qu'ils ont perdues dans l'incendie pour être en mesure de leur rendre les dépouilles. Si des gens décident de rester sur place jusqu'à ce qu'il soit trop tard, nous ne pourrons pas leur porter secours. »
Image par Derek Eberle
Des préparatifs à ne pas négliger
En prévision de futurs incendies, des travaux seront entrepris afin de retirer les débris inflammables, d'abattre les arbres dans les secteurs vulnérables et de veiller à ce que routes et fossés restent dégagés.
« Puisque nous sommes dans le Nord, nous revivrons ce cycle à coup sûr », avertit le sergent d'état-major Eberle.
Maintenant que la poussière est retombée, il attend avec impatience le printemps et l'apparition des premières repousses de végétation dans le paysage rocailleux du Bouclier canadien, où la nature renaît toujours après la dévastation.
Image par Derek Eberle