La GRC rend hommage à un guide autochtone
Par Julie Plourde et le sergent d’état-major à la retraite Eric LaFoy
Esau guide Knights et un étudiant de l’université sur des terres isolées du Nord canadien.
Image par @NWT Archives/Robert C. Knights/N-1993-002-0277
24 septembre 2026
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Imaginez un vaste paysage sauvage en hiver. Il n’y a ni route, ni panneaux et vous ne connaissez pas le secteur. Vous perdre pourrait vous coûter la vie. Voilà l’un des défis auxquels étaient confrontés les membres de la GRC dans le Grand Nord au début du 20e siècle. La solution aura été d’embaucher des habitants du coin pour qu’ils servent de guides et d’interprètes. De nos jours, ces employés sont désignés par le titre de gendarmes spéciaux.
Pour la GRC, chaque employé – passé et actuel – est important. L’an dernier, deux membres de la GRC à la retraite se sont fait un devoir de s’assurer qu’un gendarme spécial ne tomberait pas dans l’oubli après qu’ils eurent découvert qu’un de leurs anciens collègues avait été mis en terre sans qu’un monument régimentaire ait été élevé sur sa tombe.
La GRC embauche des Autochtones comme gendarmes spéciaux depuis la Marche vers l’Ouest en 1874. Leurs principales fonctions consistent à servir de guides et d’interprètes aux membres qui ne connaissent pas la région. Lorsque l’organisation a étendu sa présence dans l’Arctique après 1903, de nombreux Inuits ont été embauchés en tant que gendarmes spéciaux pour prêter main-forte dans les détachements locaux.
Les sergents d’état-major de la GRC à la retraite Robert « Bob » Knights et Eric LaFoy sont membres de l'Association des anciens de la GRC, qui joue un rôle crucial dans la tâche sacrée d’assurer le suivi des tombes des membres de la GRC.
Knights et LaFoy se sont liés d’amitié avec le gendarme spécial Peter Ayaqi Esau à des dizaines d’années d’écart, alors qu’ils travaillaient à Sachs Harbour, l’un des détachements les plus au nord de la GRC.
Après le décès d’Esau à l’âge de 82 ans en 2017, les deux collègues se sont fait un devoir de s’assurer que leur ami serait honoré comme il se doit et qu’un monument régimentaire de la GRC serait érigé sur sa tombe pour souligner son apport à la communauté de l’application de la loi.
« Je ne savais même pas où il avait été enterré », raconte LaFoy, 78 ans, en parlant d’Esau, qui avait été son collègue et ami dans les années 80.
Guide, interprète et ami
Selon les deux anciens de la GRC, Esau a été embauché par la GRC en 1955, à l’âge de 21 ans, après que l’organisation eut demandé à des Autochtones de servir de guides et d’interprètes pour les membres de la GRC et de servir d’intermédiaires entre ces derniers et les membres de la communauté. Esau était un Inuvialuit, un Inuit qui vit dans l’ouest de l’Arctique canadien, et parlait couramment l’anglais et l’inuvialuktun, ce qui en faisait un employé convoité. Il est devenu le premier gendarme spécial à Sachs Harbour. Après sa carrière dans la police, il est devenu le maire de sa communauté.
Knights, aujourd’hui âgé de 93 ans, a travaillé aux côtés d’Esau dans les années 1950, alors que les deux hommes étaient dans la vingtaine.
« Nous nous déplacions et faisions tout ensemble : chasser, pêcher, travailler. C’était mon meilleur ami », se souvient Knights, qui a travaillé aux Territoires du Nord-Ouest de 1956 à 1962, dont deux années à Sachs Harbour.
LaFoy et lui se souviennent d’Esau comme d’un homme jovial et très amical.
« Il était d’excellente compagnie, et j’ai aimé chaque minute que nous avons passée ensemble pendant deux ans », déclare Knights avant d’ajouter qu’il garde un souvenir très net de cette époque.
« Nous disions qu’ils étaient des guides et des interprètes; le terme « gendarme spécial » n’existait même pas à l’époque », explique Knights. « Mais ça a changé, et avec raison, parce qu’ils étaient réellement spéciaux. »
La mission
Le surintendant principal Dyson Smith, Commandant divisionnaire de la division G, avec qui Knights et LaFoy ont collaboré afin d’obtenir le monument destiné à Esau, le confirme : « Partout dans le Nord, des gendarmes spéciaux assuraient notre survie, et nous devons leur reconnaître le mérite d’avoir grandement facilité notre travail. »
C’est en parlant de leur affectation à Sachs Harbour que LaFoy et Knights se sont rendu compte qu’ils connaissaient tous deux Esau. Pour savoir si Esau était toujours vivant, LaFoy a appelé le chef de détachement de Sachs Harbour, le caporal (aujourd’hui retraité) David Green. Celui-ci a confirmé qu’il connaissait le nom d’Esau, mais qu’il croyait qu’un seul des enfants de Peter vivait toujours dans la communauté
Green a rappelé après avoir appris qu’Esau était décédé alors qu’il vivait à Inuvik, où il a été inhumé. Green a également appelé au détachement d’Inuvik, où on lui a confirmé l’emplacement de la tombe d’Esau. Une photo a révélé qu’aucun monument régimentaire ne s’élevait sur sa tombe.
Green a mis LaFoy en contact avec le sous-officier breveté à Yellowknife, le sergent-major d’état-major Jim Strowbridge, qui a soumis une demande de monument régimentaire pour Esau au commandant de la division, le surintendant principal Smith.
LaFoy raconte que Smith a approuvé la demande, comprenant que la reconnaissance de la valeur du travail et de l’apport des gendarmes spéciaux autochtones était une excellente façon de favoriser la réconciliation.
L’aval de la famille
« Rien de tout cela ne se serait produit sans l’approbation de la famille », précise LaFoy.
En cherchant à fixer une date pour la cérémonie de mise en place du monument régimentaire, Strowbridge a découvert que la famille devait se rassembler en août 2025. La famille a accepté d’intégrer la cérémonie dans la fête familiale.
Le 19 août 2025, Smith a pris les dispositions nécessaires pour que LaFoy et Knights viennent le rejoindre à Inuvik afin de finalement rendre hommage à Esau. Rendus sur place, ils ont rencontré les membres de la famille d’Esau ainsi que quelques résidants de Sachs Harbour venus assister à la cérémonie en l’honneur d’Esau au cimetière.
Mission accomplie
« C’était une cérémonie intime, mais c’était parfait », affirme LaFoy. Il souligne que Knights, qui était un passionné de photographie pendant sa carrière à la GRC, a présenté une série de photos que la famille d’Esau n’avait jamais vues. Knights a donné plus de 500 photos au musée à Yellowknife.
Maintenant qu’un monument régimentaire se dresse finalement sur la tombe d’Esau, LaFoy a l’intention de consacrer ses efforts à faire en sorte qu’un hommage soit rendu à d’autres gendarmes spéciaux.
« Je dois admettre que j’ai une affection toute particulière pour les gendarmes spéciaux. Je veux que leur histoire soit racontée », conclut LaFoy.


