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Gendarmerie royale du Canada

Une membre autochtone de la GRC utilise sa douleur pour remplir sa vocation

Par Tanya Buhler

La caporale Noon et trois collègues au pow-wow du Lac La Biche en Alberta.
Image par Avec l’aimable autorisation du caporal Noon

19 juin 2026

Contenu

Ayant grandi dans une communauté des Premières Nations en Saskatchewan, la caporale Heather Noon a été confrontée très jeune à l'adversité. Avant de devenir membre de la GRC, elle a parcouru un chemin parsemé d'embûches, de revers et de déceptions, étant notamment devenue mère à l'adolescence et ayant survécu au système des pensionnats. Mais son histoire est celle d'une femme résiliente qui a su bâtir une solide fondation sur fond de plusieurs années de souffrance et d'émancipation.

Son enfance

Noon se souvient d'avoir été agressée sexuellement pour la première fois à l'âge de trois ans. Tout au long de son enfance, elle a été agressée par six hommes différents. À ce jeune âge, elle ne comprenait pas complètement ce qui lui arrivait, mais elle garde en mémoire un profond sentiment de honte et de culpabilité.

En sixième et en septième année, la jeune Heather a été envoyée dans un pensionnat.

« C'était un endroit étrange où il fallait suivre des règles très strictes. Même les choses du quotidien comme manger, dormir et aller à l'école se déroulaient dans une froideur glaciale qui nous rappelait cruellement que nous étions loin de chez nous. »

Ses parents, eux aussi des survivants des pensionnats, n'étaient pas outillés pour lui offrir le soutien émotionnel dont elle avait besoin, et la vie a cédé sa place à la survie. Malgré les traumatismes de son enfance, Noon a grandi dans l'espoir de devenir policière, un rêve qu'elle caressait depuis qu'elle avait eu, toute petite, des interactions positives avec des policiers.

« Je me souviens d'avoir vu des policiers rendre visite à mes parents, prendre le thé et partager la bannique avec eux, se souvient-elle. Je me sentais en sécurité en leur présence. »

Plus tard, l'émission de télévision canadienne North of 60, qui mettait en vedette une petite ville fictive des Territoires du Nord-Ouest, un personnage autochtone et la policière de la GRC Michelle Kenidi, a continué d'alimenter son rêve de faire partie de la GRC.

« La policière de la GRC était forte et en position d'autorité, explique Noon. Mais surtout, elle incarnait la force et le désir de servir la population. »

Un revers

Peu après avoir terminé ses études secondaires, la jeune Heather était prête à poser sa candidature pour travailler à la GRC, mais la vie lui réservait une surprise : elle est devenue maman et a décidé de rester à la maison pendant la première année de vie de son fils.

Par la suite, elle croyait que la carrière de ses rêves était définitivement hors de sa portée. Mais grâce aux encouragements d'un recruteur de la GRC et au soutien de ses parents, elle a participé à un programme d'été pour les jeunes Autochtones à la Division Dépôt, l'école de la GRC. Cela a été un tournant décisif pour elle, car ce programme lui a donné la confiance et la détermination nécessaires pour postuler à la GRC.

En 2001, alors âgée de 20 ans, elle est arrivée à la Division Dépôt, où elle a découvert qu'elle faisait partie d'une troupe composée uniquement de recrues autochtones de la Saskatchewan.

« Cette expérience m'a donné bien des raisons d'espérer que la GRC voulait vraiment inclure les policiers autochtones, dit-elle. Je me suis sentie acceptée et j'ai ressenti un sentiment d'appartenance. »

Après sa formation, elle a été affectée à North Battleford, une petite ville à une heure de route de sa communauté.

Une policière autochtone se tient debout aux côtés d’un jeune garçon qui porte une tenue de cérémonie autochtone traditionnelle.
Debout aux côtés de Keegan Runner, un élégant jeune danseur tsuut’ina, au pow-wow d’Enoch en 2017.
Image by Felicia Harris

Comprendre les traumatismes

Le fait de travailler à North Battleford représentait un grand défi pour Noon. Elle enquêtait souvent sur des dossiers de maltraitance et procédait parfois à l'arrestation d'accusés qu'elle connaissait personnellement. Elle a pris conscience de la façon dont les traumatismes, particulièrement les traumatismes intergénérationnels, se répercutaient sur la communauté.

Comme Noon n'avait jamais soigné son propre traumatisme, cette expérience a été très troublante pour elle, et elle s'est donné comme objectif d'être mutée dans un autre détachement dès que possible.

« J'avais seulement 20 ans et, comme plusieurs femmes autochtones, je vivais avec un traumatisme personnel et intergénérationnel, mais j'étais sérieuse dans mon engagement », dit-elle avant d'ajouter qu'elle sentait que sa fierté et sa confiance à l'endroit de l'organisation la motiveraient et l'aideraient à continuer.

Tenter sa chance ailleurs

Pendant son affectation suivante dans l'Ouest canadien, Noon a été victime d'intimidation, de racisme et de harcèlement de la part de ses collègues. Elle comprendra plusieurs années plus tard qu'un tel comportement était imputable aux personnes, mais pas à l'organisation, mais elle se souvient de s'être sentie perdue pendant très longtemps.

« Je ne m'attendais pas à me faire traiter de la sorte par mes propres collègues, se souvient-elle. Je suis entrée dans la police alors que j'essayais de définir mon identité, de gagner en confiance et de faire entendre ma voix. Ça a été extrêmement difficile. »

Même si elle se sentait seule, Noon croyait en elle et en ses capacités. L'idée qu'elle faisait son possible pour elle-même, pour ses fils et pour les communautés qu'elle servait la motivait à persévérer.

Une femme autochtone portant un chapeau de cèdre sourit en regardant quelque chose hors champ
La caporale Noon porte fièrement le chapeau de cèdre qui lui a été donné par la nation Nuxalk à l’occasion de son dernier jour de travail à Bella Coola.
Image by RCMP

L'amour de la communauté

En 2020, Noon travaillait sur la côte centrale de la Colombie-Britannique, dans la petite ville isolée de Bella Coola. Elle garde un souvenir ému de cette affectation en raison des amitiés qu'elle y a nouées et de la façon dont la communauté a enrichi sa carrière dans la police.

Comme il s'agissait d'un poste isolé, elle a décidé de prendre des mesures concrètes pour s'intégrer dans la communauté : elle a appris le nom de tout le monde, a demandé à ce qu'on l'appelle par son prénom et s'est assurée d'écouter les gens avec intérêt.

« Je réconciliais Bella Coola avec la GRC en tissant des liens », explique-t-elle.

Noon a su que les gens l'avaient acceptée lorsque des Aînés lui ont dit que comme plusieurs autres membres de la communauté, ils se sentaient en sécurité lorsqu'elle était en service.

Les commentaires positifs lui ont donné confiance et l'ont aidée à communiquer avec les gens et à leur prêter assistance plus efficacement. Pour la première fois, elle sentait qu'elle réalisait le rêve qu'elle caressait enfant. Elle a commencé à s'épanouir.

« C'était l'une des premières fois depuis longtemps que je me sentais vraiment moi-même », affirme-t-elle.

En 2022, pour souligner le départ de Noon vers sa prochaine affectation, la nation Nuxalk de Bella Coola lui a rendu hommage en organisant un défilé et en lui offrant des cadeaux, dont un chapeau de cèdre.

Des influences significatives

Après avoir travaillé en région isolée en Colombie-Britannique, Noon a été mutée au détachement de Strathcona, près d'Edmonton en Alberta. Elle y a rencontré son mentor, le sergent Dale Bereza, qui a su voir ses capacités et compétences, la guider dans son apprentissage et l'aider à trouver des occasions de continuer de se perfectionner. Ce mentorat lui a permis de gagner en confiance et d'apprendre à se servir de sa voix pour se sentir reconnue et entendue.

Le caporal à la retraite Steve Claus, qui a été le moniteur de formation pratique Noon, a été tout aussi important dans sa carrière. Celui-ci comprenait réellement ce qu'elle avait vécu ainsi que les traumatismes de son enfance, ce qui l'a encouragée à finalement faire face à son passé et demander de l'aide. Grâce à l'assistance de professionnels, elle est arrivée à se doter de la force et des capacités nécessaires pour aider les gens qui vivent des expériences semblables à celles qu'elle a vécues.

« J'apprécie grandement ma chance d'être en meilleure santé mentale », confie-t-elle.

Le passé au service de l'avenir

En mars 2025, Noon est déménagée à Ottawa et s'est jointe au groupe Sensibilisation et mobilisation des Services de police autochtones, où elle a appris à puiser dans son expérience personnelle pour mieux servir les autres.

« Quand j'offre du soutien, je me sers de mon vécu », explique-t-elle avant d'ajouter qu'ayant souffert d'un traumatisme, elle peut aider les autres en leur racontant son histoire pour qu'ils se sentent moins seuls. Elle regrette de ne pas avoir pu bénéficier d'un tel appui, mais est heureuse de pouvoir l'offrir à d'autres.

Boucler la boucle

En décembre dernier, après presque 25 ans à la GRC,  Noon a assuré des fonctions de relève pendant quatre semaines à Sanirajak, au Nunavut. Elle a eu l'impression de revenir en arrière en regardant cette petite ville qui ressemblait à celle qu'elle voyait, jeune, dans North of 60.

« En tant que membre autochtone de la GRC, je n'étais plus seulement inspirée par le rôle de la policière, je l'incarnais », dit Noon. La petite fille qui a vécu tant d'épreuves était devenue la leader empathique, résiliente et déterminée qu'elle voyait à la télévision.

« Je veux simplement être fière d'avoir changé les choses, conclut-elle. Je veux parler de mon histoire - non pas pour me plaindre, mais pour montrer que si les femmes autochtones sont vues, soutenues et valorisées, celles qui suivront n'auront peut-être pas à surmonter les mêmes obstacles pour trouver leur voix. »

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