La GRC agit pour la santé mentale depuis la fusillade au Parlement
Par Patricia Vasylchuk
Le commissaire adjoint Martin Roach dans son bureau à Montréal (Québec).
Image par Patricia Vasylchuk, GRC
8 septembre 2026
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Le commissaire adjoint Martin Roach n'oubliera jamais ce qu'il faisait au moment où on annonçait l'attaque sur la Colline du Parlement en 2014.
« Une poignée d'événements restent gravés dans notre mémoire et celui-ci en fait partie », dit celui qui est maintenant commandant de la Région de l'Est de la Police fédérale. En 2014, il travaillait aux Opérations criminelles de la Division nationale de la GRC à Ottawa.
« Nous étions juste en train de regagner le bâtiment après un exercice d'évacuation quand j'ai entendu la nouvelle sur les ondes de la radio de police », se souvient-il. Il a alors été affecté au centre de commandement. Au fil de l'information qui lui est parvenue au cours des jours et des semaines qui ont suivi, Roach a réalisé qu'il connaissait certains des policiers qui étaient intervenus sur les lieux durant l'incident.
« Je me demandais s'ils allaient bien et je repensais à l'ampleur de l'événement auquel ils avaient dû faire face », se souvient-il. « Ces policiers ont fait preuve d'une telle bravoure; ils savaient qu'ils pouvaient y laisser leur vie, mais ils y sont quand même allés. »
Promouvoir la santé mentale
Aujourd'hui, Roach porte deux chapeaux : celui de commandant de la Région de l'Est de la Police fédérale et, depuis 2024, celui de champion de la santé mentale à la GRC. C'est dans ce dernier rôle qu'il s'emploie à faire connaître les programmes et les services de santé mentale offerts au personnel policier et civil de la GRC.
« Plus nous faisons connaître le vécu de nos employés, mieux c'est », dit-il à propos de ce que fait l'organisation pour « réduire la stigmatisation liée aux conversations sur la santé mentale ».
Quelques mois avant l'attentat de 2014 à Ottawa, l'organisation avait déjà pris les devants pour améliorer ses services de santé mentale en lançant sa Stratégie en matière de santé mentale. Depuis, elle offre un éventail de nouveaux programmes et services à son personnel policier et civil.
« La réalité a changé; nous avons évolué », analyse Roach. « Nous faisons des progrès importants et cela s'accompagne d'un engagement, de la participation des employés et d'un remodelage des politiques afin que nos décisions soient toujours prises sous l'angle de la santé mentale et de la sécurité des employés. »
Leçons apprises
« L'organisation a fait de son mieux avec ce dont elle disposait à l'époque », poursuit-il. « On en a tiré bien des leçons. »
À titre d'exemple, on sait maintenant que la réaction au stress ne vient pas nécessairement de l'incident critique lui-même. Elle peut être la résultante d'une accumulation au fil du temps, en raison d'autres événements qu'a vécus la personne avant ou après.
Roach fait remarquer que même les débriefings changent à la lumière des recommandations fondées sur des données probantes formulées par l'Organisation mondiale de la santé et de nombreux organismes professionnels. Bien que la GRC continue de procéder à une évaluation de la santé au travail des policiers dans les 72 heures suivant un incident critique, elle tient aussi des séances de soutien émotionnel pour sensibiliser aux différentes manifestations de la réaction au stress.
« Il ne s'agit pas de revivre les événements en groupe, mais de sensibiliser aux symptômes que les participants peuvent manifester dans les jours, les mois ou les années qui suivent, et d'aider les gens à devenir plus résilients », précise-t-il. « Des approches individuelles peuvent également être utilisées; cela dépend surtout des préférences du policier. »
Enseigner la résilience
Depuis quelques années, l'École de la GRC (Division Dépôt) a ajouté la Formation en résilience émotionnelle au Programme de formation des cadets. L'organisation entend l'élargir à l'ensemble des régions dans un avenir proche.
« Cela se fera graduellement, et nous progressons rapidement », assure Roach.
La GRC offre également d'autres types de soutien émotionnel, notamment le soutien par les pairs et l'accès à des professionnels en santé mentale. Les séances se déroulent en groupe ou individuellement selon l'ampleur de l'événement, et la participation est volontaire.
Solutions originales
« Nous vivons tous des événements au cours de notre carrière, à tous les niveaux », déroule Roach en évoquant les interventions parfois éprouvantes que doivent effectuer les policiers. « À mes débuts dans le métier, je suis intervenu sur les lieux d'un meurtre suivi d'un suicide dans un contexte familial », se souvient-il. « Ça m'a marqué. C'était une bonne famille qui manquait juste de solutions. »
Selon lui, le personnel policier et civil de la GRC bénéficie aujourd'hui d'un soutien en santé mentale plus solide.
« Ayant moi-même vécu quelques incidents critiques, je peux voir l'amélioration », assure-t-il.
Il confie que trois choses l'ont véritablement aidé à conserver un état d'esprit sain après une expérience traumatisante : se déconnecter du travail en côtoyant des personnes extérieures à l'organisation, entraîner au football et pouvoir dire comment il se sent vraiment.
Mais il admet que ça varie d'une personne à l'autre. C'est pourquoi la nouvelle approche en matière de santé mentale à la GRC consiste à trouver un éventail de solutions.
« Sortir des sentiers battus est payant », souligne-t-il en prenant l'exemple de The General, le premier chien de service de l'organisation qui apporte du réconfort aux policiers et aux employés. « D'autres divisions envisagent d'ailleurs de se doter de leur propre chien de service. Je cherche également à le faire dans mon propre secteur; nous avons déjà le chien et un maître-chien et nous sommes en train de régler les tout derniers détails! »
Roach ajoute que l'organisation reconnaît désormais que certains agents peuvent avoir besoin de temps pour prendre soin d'eux-mêmes après un incident critique.
« C'est l'une des raisons pour lesquelles nous mettons en œuvre un nouveau protocole de répit opérationnel », dit-il en expliquant qu'un superviseur peut accorder jusqu'à 14 jours civils de repos au policier afin qu'il puisse se concentrer sur son bien-être physique et psychique. « C'est une approche proactive et compatissante destinée à soutenir nos policiers. »
Réussite du programme
Le Programme national de réintégration (PNR) de la GRC remporte un vif succès, selon Roach. Ce programme vise à aider les policiers de la GRC qui ont vécu un incident traumatisant ou critique. Il appuie également ceux qui retournent progressivement au travail après plus d'une année d'absence (ou moins si un membre de l'équipe de santé au travail le recommande) pour d'autres raisons, comme un congé parental. L'objectif est de les aider à retourner au travail en toute sécurité et en toute confiance.
Mis à l'essai en 2015 en Alberta, le programme a été étendu à l'ensemble des régions de la GRC de 2022 à 2024.
« Notre objectif en matière de santé mentale est d'établir une cohérence à tous les niveaux », explique Roach.
Les dernières statistiques de la GRC montrent que 88 % des participants retournent aux fonctions opérationnelles.
Soutien discret
Le PNR vise également le traumatisme secondaire qui peut survenir à la suite d'un incident critique.
Après une fusillade mettant en cause un policier, l'enquête est généralement confiée à un autre corps policier ou à une unité des enquêtes spéciales. Afin de préserver l'intégrité de l'enquête, la GRC ne peut divulguer que peu d'information au public et à ses employés. Ce silence et toute l'attention publique négative s'ajoutent au traumatisme de la fusillade et peuvent être extrêmement difficiles à vivre pour les policiers concernés, explique Roach.
« Nous voyons comment cela a touché les policiers impliqués dans la fusillade sur la Colline du Parlement », illustre Roach. « Nous savons qu'à la suite d'un incident critique ou stressant, les gens ont un besoin pressant de savoir ce qui s'est passé, ce qui se passe et ce qui va se passer. Si on peut leur répondre, on atténue beaucoup leur stress. »
Grâce à ses nombreux partenariats et aux bonnes relations de travail avec les bureaux des enquêtes indépendantes de nombreuses provinces, le personnel du PNR est désormais en mesure de renseigner les policiers sur les processus judiciaire et d'enquête après un incident.
Perspectives
Aujourd'hui, l'organisation peaufine sa politique nationale de réintégration et entend rendre le Programme de réintégration obligatoire pour les policiers impliqués dans un incident critique ou de retour progressif au travail après plus d'une année d'absence.
L'organisation travaille également à l'élaboration d'une feuille de route triennale sur le bien-être en milieu de travail.
« Il nous faut une culture policière moderne », conclut Roach. « Nous voulons une organisation où tous les employés se sentent respectés, soutenus et fiers de servir. Ce travail prend du temps, mais la direction est claire et nous faisons des progrès constants. »
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